CHAPITRE TROISIÈME
« Camp de Latines^ 5 jmi. — Je vois, par ce que vous me mandez, que rassemblée du clergé commence trèsbien. Faites ce qui dépendra de vous pour qu'elle finisse bientôt. Continuez à faire ce que madame de Montespan voudra, et me mandez quels orangers on a portés à Clagny, car elle me mande qu'il y en aura, et je ne sais lesquels ce sont. » ^
« Camp de Latines^ 8 juiii. — La dépense est excessive, et je vois par là que pour me plaire, rien ne vous est impossible. Madame de Montespan me mande que vous vous acquittez fort bien de ce que je vous ai ordonné, et que vous lui demandez toujours si elle veut quelque chose; continuez à le faire toujours. Elle me mande aussi qu'elle a été à Sceaux, où elle a passé agréablement la soirée. Je lui ai conseillé d'aller un jour à Dampierre , et je l'ai assurée que madame de Chevreuse et madame Colbert l'y recevroient de bon cœur^ Je suis assuré que vous en ferez de même. Je serai très-aise qu'elle s'amuse à quelque chose, et celles-là sont très-propres à la divertir. Confirmez ce que je désire. Je suis bien aise de vous le faire savoir,
* Louis XrV se trompait, du moins en ce qui concernait madame de Chevreuse. On lit dans les Mémoires de mademoiselle d'Aumale : c Madame de Montchevreuil, madame la princesfe d'Harcourt et madame la comtesse de Gramont, mesdames de* Chevreuse et de Beauviliiers n'a- Toient jamais pu se résoudre à faire leur cour à madame de Montespan, malgré l'alliance que M. Colbert avoit faite de sa troisième fille avec M. le duc de Morlemart, neveu de madame de Montespan, et le goût que ces dames avoient pour la cour. » (Bibl. du Louvre. Mss, 325, f. 152.)
afin que VOUS apportiez les facilités, en ce qui dépendra de \ous, à ce qui la pourra amuser*. »
Madame de Sévigné complète, avec son tour d'esprit inimitable, ces curieux détails. A l'époque même où Louis XIV donnsût à Colbert les instructions qu'on vient de lire, la triomphante beauté était déjà établie dans son palais, où la rein^ allait voir le jeune prince de Vexîn, un peu malade, et, pour distraire la mère de ses ennuis, remmenait avec elle à Trianon. a II y a des dames, écrit madame de Sévigné, qui ont été à Clagny; elles trouvèrent la belle si occupée des ouvrages et des enchantemens que l'on fait pour elle, que pour moi, je me représente Didon qui fait bâtir Carlhage... » Puis, le 3 juillet : « Vous né sauriez vous représenter le triomphe où elle est, au milieu de ses ouvriers, qui sont au nombre de douze cents. Le palais d'Apollidon% et les jardins d'Armide en sont une faible description. La femme de son ami solide (la reine) lui fait des visites, et toute la famille tour à tour. » Ce n étaient encore là que des peintures sur ouï-dire. Le 7 août suivant, madame de Sévigné raconte ce qu'elle a vu : « Nous fûmes à Clagny, que vous dirai-je? C'est le palais d'Armide. Le bâtiment s'élève à vue d'œii ; les jardins sont faits. Vous connoissez la manière de Le Nôtre; il a laissé
* Œuvres de Unis XIV, t. V, p. 533, 535, 536. — Cabinet de M. le duc de Luynes.
^ Dans VAmadis des Gaules. Apollidon était l'architecte d'un château magique où l'on voyait l'arc des loyaux amans, la chambre défendue, etc.