CHAPITRE IV
l^n prêtre de Versailles refuse l'absolution à madame de Montespan. — n est approuvé par fiossuet. — Celui-ci et Bourdaloue s'elforcent de faire cesser le scandale de sa liaison avec le roi. — Sermons violents de Botirdaloue. — Louis XIV fait conseiller à madame de Montespan par Bossuet de se retirer à Paris. — Irritation qu'elle en éprouve. — Tristesse du roi. — Entrevues publiques à Clagny avant ^n départ pour l'armée. — Exhortations et conseils courageux de Bossuet pour porter le roi à persévérer. — Il lui fait connaître la raisère des provinces. — Le roi revient sur sa résolution. — Correspondance clandestine avec madame de Montespan. — Vaine démarche de Bossuet pour l'empêcher de reprendre son empire. — Le roi n écoule rien. — Triomphe et tristesse de madame de Montespan. — ^lécontentements, lassitudes, inlidéhtés de Louis XIV. — Sa dureté envers les mères et les veuves d'officiers. — Les courtisans en sont tout surpris.
^ rôle de Bossuet dans le grand règne illustré par son nom a été étudié à des points de vue divers, et si des opinions excessives lui ont été reprochées en ce qui 'ouche les rapports des peuples et des rois, on peut "'''e que, toujours, le plus noble caractère, la plus complète absence d'ambition % rehaussèrent encore un
* Voici pourtant ce qu'un correspondant de Colberl lui écrivait en 1662 (la pièce n'est pas signée), au sujet de Bossuel , alors âgé de 35 ans : * Attaché aux Jésuites et à ceux qui peuvent faire sa fortune, plulôt par intérêt que par inclination, car naturellement il est assez libre, lin.
56 MADAME DE MOr^TESPArt.
génie qui n'avait pas eu de modèle et qui n'a pas ét& égalé. Une pieuse conspiration en tète de laquelle il se trouva naturellement placé, se forma, en 1675, pour arracher Louis XIY à des liens dont le scandale pro* longé offensait tous les gens de bien. Un an auparavant, Tévèqiie de Condom (il ne fut appelé au siège de Meawc qu'en 1681) avait remporté une double victoire eit décidant la duchesse de La Yallière à réaliser enfin son projet de retraite, et en obtenant pour elle, du roi et de madame de Montespan, la permission d'entrer aux Carmélites. Le choix d*un ordre aussi austère constituant en quelque sorte un reproche qui retombait sur la maîtresse régnante, bien plus coupable en raison du double adultère, de longues difficultés avaient
railleur, et se mettant fort au-dessus de beaucoup de choses. Ainsi, lorsqu'il verra un parti qui conduit à la fortune, il y donnera, quel qu'il soit, et il pourra servir utilement. »
Je dois à Tobligeance de M. G. Gêrin la connaissance'de ce document qu'il a trouvé dans un des 5U0 volumes des Mélanges Cdbert. Je me hâte d'ajouter que la vie entièi*e de Bossuet proteste contre ces insinuations malveillantes, et que, s'il avait eu l'ambition qu'on lui prête, sa conduite eût été tout autre. W n'y a sur ce point qu'un mot à dire. Qui aurait pu, avec plus de droits que lui. protendre à tous les honneurs de l'Église? Et pourtant, il est resté simple évi>que d'un diocèse de troisième ou de quatrième ordre. On cherchait déjà, en 1662, un précepteur pour le Dauphin. Voici comment Nicolas Colbert, depuis évèque de Luçon, écrivit à son frère en lui signalant Bossuet : « Il prêche une morale austère, mais qui est bien chrétienne; ceux qui le connoissent disent qu'il vit comme il prêche. Il m'a paru, en toutes occasions, avoir beaucoup d'esprit, et je sais qu'il a bien de la vertu. Sa physionomie ne trompe pas, car elle est fort spirituelle. Il a l'air modeste, gai, revenant. Enfin, je n'ai rien vu en lui que de bon...» (Uttres de Colbert, t. Y, appendice.)