CHAPITRE QUATRIÈME
et, derrière eux, tout à fait dans l'ombre, une autre personne dont le nom devait remplir la seconde moitié du règne, avaient remporté une grande victoire. La déœnceet la morale étaient satisfaites. L'impérieuse maîtresse qui, après ses premiers scrupules, avait dépouillé toute retenue, et à Topposé de celle dont elle avait pris la place, n'aimait dans le roi que la royauté, était exilée de la cour. A ce prix, Louis XIV put recevoir la communion, et la Gazette de France constate (13 avril 1675) qu'il fit ses Pâques le jeudi saint à la paroisse de Versailles. Ramenée à son tour par les exhortations de Bossuet, madame de Montespan s^était soumise et avait suivi l'exemple du roi. Un mois après, Louis XIV, au moment de partir pour la Flandre, l'avait autorisée à revenir à Clagny ; mais il était entendu que les relations coupables seraient rompues à jamais. Pour preuve de ces dispositions édifiantes, madame.de Scudéry écrivit à Bussy le 15 mai, que le roi, dont le ^lépart était fixé au lendemain, était' allé deux fois à Clagny, et qu'il avait entretenu madame de Montespan dans un cabinet vitré où l'on pouvait les voir « de la ^ête mx pieds. » Madame de Scudéry ajoute, il est vrai, que les conversations avaient été longues et tristes ^
l'œuvre commencée aurait-elle un succès durable ? l'absence et ses ardeurs ne rallumeraient-elIès pas dans J^ cœur du roi un feu si brûlant encore et si mal
* Correspondance de Bussy-Rabutinf édit. Lalanne, t. UI, p. 34.
éteint? Qui, dans cet esprit si peu habitué à obéir* remporterait de la religion ou de l'amour? Grand sujei de doute qui faisait Tobjet de bien des entretiens. Le Père de La Chaise, qui avait, disait-on, refusé courageusement l'absolution au roi * et qui l'accompagnait à l'armée, devait lui donner du cœur contre son cœur. D'autre part, Bossuet à qui il avait commandé de lui écrire, ne manqua pas à sa mission. Il n'était pas, comme il Ta dit magnifiquement d'après Ézéchiel, « de ces docteurs qui, dans leur malheureuse et inhumaine complaisance, dans leur pitié meurtrière, portent des coussins sous les coudes des pécheurs et cherchent des couvertures à leurs passions'. » A l'occasion de la Pentecôte, où Louis XIV et madame de Monteâpan communièrent de nouveau, à cent lieues de distance', il revint sur la parole donnée et la rappela fortement. Le roi ne serait pas véritablement converti s'il n'ôtait de son cœur, non-seulement le péché, mais la cause du péché, et s'il n'allait jusqu'à la racine. Plus l'ouvrage était long et difficile, plus il y fallait travailler. Se croirait-il assuré d'une place rebelle, tant que l'auteur des mou-
* Mémoires de Languet de Gergy, loc. et. p. 168.
• Œuvres complètes, t. XI, p. 20 (édit. de Versailles). Oraison funèbre de M. Cornet. — Ézéch. xiii, 18.
' Lettre de madame de Sévigné, du 7 juin 1075 : « Le roi a fait ses dévotions à la Pentecôte. Madame de Montespan les a faites de son côté; sa vie est exemplaire; elle est très-occupée de ses ouvriers, et va à Saint- Cloud, où elle joue à Thoca. t>
Le hoca était un jeu de hasard introduit en France par Mazarin. l\ se jouait sur une table divisée en trente compartiments