CHAPITRE QUATRIÈME
vements y serait en crédit? De même, son cœur ne serait jamais paisiblement à Dieu, tant que cet amour violent qui l'en avait si longtemps séparé, y régnerait. C'est ce cœur cependant que Dieu demandait, et le roi savait en quels termes. « Mes paroles, écrivait une aulrefois Bossuet, ont fait verser à madame deMontespan beaucoup de larmes; et certainement. Sire, il n'y a point de plus juste sujet de pleurer que de sentir qu'on a engagé à la créature un cœur que Dieu veut avoir. Qu'il est malaisé de se retirer d'un funeste enga. gementi Mais cependant, Sire, il le faut ou il n'y a point de salut à espérer. » Enfin, en envoyant au roi de nouveaux extraits des Écritures que madame de Montespan n'avait pas vus sans émotion, il le suppliait de les lireet relire souvent, et d'ordonner au Père de La Chaise de lui mander quelque chose de l'état où il se trouvait. «Je vois autant que je puis, ajoutait Bossuet, madame deMontespan, comme Votre Majesté me l'a commandé. Je la trouve assez tranquille; elle s'occupe beaucoup de bonnes œuvres, et je la vois fort touchée des vérités que je lui propose, qui sont les mômes que jedis à Votre Majesté. Dieu veuille vousles mettre à tous deux dans le fond du cœur et achever son ouvrage, ^fin que tant de larmes, tant de violences, tant d'efforts que vous avez faits sur vous-mêmes ne soient pas inutiles * ! »
* CEuvres, t. XXXVÏT, p. 95.
Quels qu'aient été les résultats de ces mâles conseils, on ne saurait trop louer celui qui osait les donner. Bossuet fil plus encore : le premier, après Colbert, il parla de la misère des provinces ; il introduisit le peuple sur la scène, et profita de la promesse que le roi avait faite « de vouloir changer ce qui déplaisoil à Dieu dans sa vie,» pour lui rappeler ses obligations et ses devoirs. « La guerre qui oblige Votre Majesté à de si grandes dépenses, l'oblige en même temps à ne laisser pas accabler le peuple, par qui seul elle les peut soutenir.... Votre Majesté doit, avant toutes choses, s'appliquer à connoitre à fond la misère des provinces, et surtout ce qu'elles ont à souffrir sans que Votre Majesté en profite, tant par les désordres des gens de guerre que par les frais qui se font à lever la taille, qui vont à des excès incroyables. Quoique Votre Majesté sache bien sans doute combien, en toutes ces choses, il se coaimet d^injustices et de pilleries, ce qui soutient vos peuples, c*est. Sire, qu'ils ne peuvent se persuader que Votre Majesté sache tout, et ils espèrent que l'application qu'elle a fait paroitre pour les choses de son salut, l'obligera à approfondir une matière si néces-
saire^.. »
Une précieuse lettre de madame de Montespan à la
* Œuvres, t. XXXVIÏ, p. 86. —Voir à l'Appendice, pièce n» VI les observations adressées au roi à diverses époques par Colberl et par Fénelon, au sujet de Versailles, de la dépense excessive occasionnée par les revues elles brillants uniformes des troupes, de la misère des peuples, du gouvernement despotique, etc; '