‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 37 sur 204 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

duchesse de Noailles nous apprend quelles étaient ses préoccupations pendant l'absence du roi. Au commencement du mois de juin, un de ses enfants, le comte de Vexin, était tombé malade. Il ne pouvait souffrir le jour, et comme, de son côté, elle ne pouvait dormir dans Tobscurité, elle était restée, écrivait-elle, « six jours et. six nuits, comme dans un four, sans s'en apercevoir. » Outre sa mère et sa sœur de Thianges, madame de Nevers, sa nièce, la comtesse du Plessis, la maréchale de La Mothe, mesdames d'Uzès et de Saint- Géran étaient venues lui tenir compagnie, et Ion sait par madame de Sévigné que la reine elle-même (tant de bonté était-elle indispensable?) avait visité le comte deYexin. Allant plus loin, deux de ses amis, M. et madame de Saint-Loup avaient fait faire, pour la santé du jeune malade, des neuvaines à deux saints, qui, disaient-ils, ne leur avoient jamais manqué. Le comte de Vexinse trouvant hors de danger, sa mère témoignait à la duchesse de Noailles la satisfaction que ces diverses marques d'intérêt lui avaient causée. « Nous n'avons, ajoutait-elle, qu'à nous louer de tout le monde. Vous savez que c'est une réflexion que j'ai déjà faite plusieurs fois, que le général du monde avoit conservé de grandes honnêtetés pour moi; mais quelques particuliers, en récompense, font tout ce qu'il faut pour compenser cet agrément. » Les alarmes de madame de Monlespan ^Jurant la maladie de son fils, ces six nuits sans sommeil dans l'obscurité, une telle violence faite à sa

nature, témoignent d'une sensibililé sincère. La Ghre maternelle calmée, les ambitions mondaines reprirent le dessus. Il est vraisemblable enfin que les inquiétudes occasionnées par le comte de Vexin furent habilement exagérées et ne nuisirent pas au succès ^ On sait le dénoûment de cet incident de cour. Pendant que Bossuet tentait de transformer lihomme en roi, pendant que la reine visitait Clagny et promenait madame de Montespan, tantôt à Trianon, tantôt aux Carmélites, une correspondance clandestine s'était renouée entre Louis XIV et sa maîtresse. Quels en étaient les intermédiaires? On l'ignore; mais ils n'avaient pas manqué. « A la cour, dit Fontenelle, toutes les professions, quelles qu'elles soient, se changent en celle de courtisan* .» En même temps, Louis XIV adressait à son confident trop intime, à l'austère Colbert, les recommandations multipliées qu on a vues plus haut au sujet de Clagny, des orangers que madame de Mon-, tespan y faisait venir de tous côtés, et lui ordonnait c( de continuer à faire tout ce qu'elle voudroit. »

Ce n'étaient pas là les signes d'une passion éteinte. Bien que l'issue de la lutte fût certaine pour les rares initiés, madame de Montespan était le point de

* Il est à remarquer en effet que, dans sa lettre du 14 juin 1675, madame de Sévigné ne parle que d'une légère indisposition.

* M. Floquet, loc. cit. p. 509. — M. Floquet croit que les lettres de Louis XIY à madame de Montespan lui étaient remises par Colbert. Il est certain qu'il avait élë l'intermédiaire de leur correspondance en 1073 et 1074. En était-il encore de même en 1675?

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