‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 38 sur 204 · CHAPITRE QUATRIÈME. CO · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. CO

mire de toutes les curiosités. « Si Quantova pouvoit ne point reprendre ses vieilles brisées, écrit madame deSévigné vers la fin du mois de juin, elle pousseroit son autorité et sa grandeur au delà des nues ; mais il faudroit qu'elle se mit en élat d'être aimée toute Tannée sans scrupules. En attendant, sa maison est pleine de toute la cour, les visites se font alternativement et la considération est sans bornes. » — « Cela est plaisant, ajoute-t-elle quelques jours après, que tçus les intérêts de Quanto et toute sa politique s'accordent avec le christianisme, et que le conseil de I ses amis ne soit que la même chose avec celui de M. de Condom. » Mais dt''jà la favorite avait cessé d'écouter ses vrais amis, et si madame de Sévigné l'ignorait, Bossuet ne le savait que trop. Tourmenté, indécis, Louis XIV le consultait bien encore, mais ne suivait plus ses conseils. Il lui avait demandé si madame de Montespan ne pourrait revenir à la cour, et Bossuet, cela va sans dire, s'était hâté de répondre que ce serait provoquer une rechute inévitable, rien n'étant d'ailleurs plus contraire à toutes les lois de l'Eglise qu'un tel rapprochement*. A quelques jours de là, madame de Montespan s'établissait denouveau à Ver-

* D'après Antoine Arnauld (Lettre du 9 janvier 1694 à madame de Fontpertuis), Tarchevôque de Paris (c'était alors le très-peu scrupuleux ' Ilarlay de Cbampvalion) et le Père de La Chaise n'auraient pas fait obstacle à celte demande, par le motif que le roi a avoit donné sa parole . qu'il ne se passeroit rien que d'honnête. » [Œuvres d'Antoine Arnauld; 1785, t. V, p. 722.) On voit de quel côté fut le beau rôle, et si Bossuet

sailles. Désespéré, Bossuet tenta pourtant un derniei effort. L'arrivée du roi était fixée au 21 juillet ; il alla au-devant de lui jusqu'à Luzarches, et se présentai ses regards, triste, silencieux. Il a raconté lui-raéme l'accueil que lui fit Louis XIV. « Ne me dites rien, Monsieur, ne me dites rien; j'ai donné mes ordres, ib devront être exécutés \ » Que pouvaient la morale et la religion contre de tels emportements? On connaît le piquant récit de madame de Caylus sur la première rencontre des deux amants. Très-jeune alors, car elle naissait à peine, la spirituelle marquise avait vécu à la source des traditions. Avec quelle légèreté de touche elle crayonne ces dames respectables, « les plus graves de la cour, » présentes à la délicate entrevue, pouf fermer la bouche à la médisance! On croit assistera cette longue conversation à voix basse dans l'embrasure d'une fenêtre , on voit ces pleurs et cette profonde révérence aux vénérables matrones^ cette éclipse enfin, « d'où il advint, poursuit le malin chroniqueur, madame la duchesse d'Orléans (sur le visage et dans l'esprit de laquelle on ne pouvoil s'empêchei d'apercevoir les traces de ce combat de l'amour et du jubilé) et ensuite M. le comte de Toulouse*. »

n'eut pas raison de protester jusqu'à la fin. Comprend-on, après cebi fait justement observer M. Floquet, que le fougueux de Maistrje l'ait pri pour dupe, et que Chateaubriand l'ait accusé d'avoir parlementé ave^ l'adultère ?

* M. Floquet, toc, cit. p. 515, d'après les notes autographes et frag ments de l'abbé Le Dieu.

* SouvenirSy édit. Techener, p. 49.

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