‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 41 sur 204 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

éloit vertueuse par foiblcsse d'esprit; j'aurois voulu l'en guérir, mais elle craignoit trop Dieu. » Force ou faiblesse, madame Scarron a-t-elle résisté à la contagion? On voudrait le croire, mais une page de madame de Caylus revient à l'esprit et replonge dans riricerlilude. Le mari d'une fille naturelle du prince de Condé, le spirituel Lassay, discutant un jour la thèse qui nous .occupe,déjà rebattue de son temps, plaidait chaudement pourla vertu : « Comment faites-vous. Monsieur, lui dit sa femme impatientée, pour être si sûr de ces choses-Li*? » Faut-il ne voir là qu'une boutade? Est-ce une indiscrétion? Parvenue au faîte des grandeurs, madame de Main • tenon a voulu, elle l'a dit elle-même, « être une énigme pour la postérité*. » Pour atteindre ce but, elle a livré au feu toutes les lettres qu'elle a reçues*, mais on ne peut tout brûler, et il restera toujours, sans parler de Saint-Simon, de la princesse Palatine, de La Fare, la lettre de Ninon de Lenclos sur la chambre jaune, et celle de madame de Sévigné, écrivant à sa fille, le 7 juillet 1680, au sujet de la rivale heureuse de

* Souvenirs^ édit. Techener, p. 104. — La marquise de Lassay s'était d'abord appelée mademoiseUe de Gucnany. [Journal dé Dangeau.) S'il faut en croire le trop suspect La Beaumelle, elle aurait droit %irer sur la liste des mnîtresses de Louis XIV. Elle était fille légitimée de Henri-Jules de Bourbon, duc d'Enghien, et delà veuve du comte de Marans.

* Correspondance générale y t. I, Introduction, par M. Lavallée, Pl.

^ On a pourtant quelques billets de Louis XIV à madame de Maintenon. ^^iv Correspondance générale y t. IV, p. 192, etc.

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madame de Montespan, ceffe phrase compromettante — « Croyoit-elle qu'on pût toujours ignor'fer le premie x* tome de sa vie^? » Il y a des problèmes que -la curiosité humaine aime à se poser. Le premier tome de la vie âe madame de Maintenon sera éternellement de ce nombre, à moins que quelques lignes, fermées jusqu'à présent à triple serrure, ne viennent un jour dissiper tous les doutes et dégager ce point historique du mystère qui en fait Tatlrait*.

^ Madame de Sévigné ajoute, il est vrai, immédiatement : c Et à moins que de l'avoir conté avec malice, quel mal cela lui a-t-il fait? » (Édit. Hachette, t. YJ, p. 510.) 11 s'agit de madame de Montespan qui aurait raconté ce premier tome au roi, pou r perdre madame de Maintenon.

* On lit dans le premier volume de la Correspondance générale^ p. 80, à l'occasion môme de la lettre de madame Scarron sur l'entrée du roi à Paris et de celle de Ninon de Lenclos, une curieuse dissertation sur ce point délicat ^ comme dit M. Lavallôe, qui est d'ailleurs complètement de l'avis de Lassay. — Il est juste enfin de rappeler qu'à la mort de son mari (6 octobre 1660), madame de Maintenon professait des principes de piété. On lit dans une touchante lettre à son cousin de Yilletle, au sujet des ennuis que lui avait causés cet événement et de la détresse à laquelle elle était réduite :^ Voilà bien vous parler de mes affaires; mais tous l'avez voulu ainsi. Vous verrez par ce que je vous en dis que je ne suis pas destinée à être heureuse; mais, entre nous autres dévots^ nous appelons cela des visites du Seigneur, et nous mettons tout au pied de la croix, avec une grande résignation. » [Correspondance générale, 1. 1, p. 92.)

Ajoutons que cette dévotion lit, avec le temps, de nouveaux progrès, comme on peut en juger par les conseils que Fénelon donnait à madame de Maintenon, au mois de janvier 1690 : « Ne vous faites point de règle pour le roi; quoique votre piété l'éloigné, ne vous éloignez jamais et ne lui cachez point les choses qu'il a déjà vues en vous; allez comme tout naturellement ; ne lui parlez point la première des choses de Dieu... » [Corresp. générale^ t. III, p. 211.) M. Lavallée fait remarquer à ce sujet que Fénelon est <l plus clair et plus indiscret que l'abbé des Marais, » directeur en titre, à cette époque, de madame de Maintenon.

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