‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 42 sur 204 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Le mariage de mademoiselle d'Aubigné avec Scarron, qui semblait devoir la vouer au ridicule, était devenu , au contraire, grâce à son esprit, à son habileté, à^a prudence, le marchepied des grandeurs. Dans ce salon vicieux et corrompu où tant d'autres juraient fait naufrage, sa précoce expérience posa les bases d'une fortune qui rappelle les cours de TOrient. Sans son mari, en effet, elle n'aurait jamais été reçue chez le maréchal d'Albret, cousin germain du marquis de Montespan, et sa vie eût pris un autre cours. « C'est à Thôtel d'Albret, disent les dames de Saint-Cyr, que madame de Montespan connut madame de Maintenon; son esprit lui plut, et le sien fit le même effet sur cette dame *...» — « M. et madame de Montespan, dit encore Saint-Simon, ne bougeoient de chez le maréchal, et ce fut la où elle connut madame Scarron et prit amitié pour elle. » Cependant, près de dix années se passèrent durant lesquelles la belle veuve ne cessa de solliciter et de faire des rêves qui ne se réalisaient pas. En 1666, elle avait été sur le point d'aller en Portugal comme dame d^honneur de la nouvelle reine ; sa bonne étoile, la tristesse de quitter Paris, l'empêchèrent d'accepter. Quand, au mois de mars 1669, madame de Montespan, dont les relations avec Louis XIV étaient encore tenues secrètes, eut son premier enfant, elle proposa à madame Scarron d'en être la gouvernante; mais le roi lui-même dut inter-

* CsorreitpondaHce générale, t. I, p. 122.

venir, et elle n'accepta que sur sa demande personnelle* L'entrée triomphale de 1660 lui revint-elle alors dam. ; Tesprii? Bientôt après, ses amis apprenaient qu'elle était établie dans une maison de la rue de Vaugirard, où elfe ne recevait qu'uq^pefit nombre d'intimes, dans le plus grand mystère. Elle a raconté plus tard que le roi l'avait d'abord supportée avec peine, et qu'il la prenait pour un bel esprit, pour une personne difficile, n'aimant que les choses sublimes ^ Sa discrétion, des soins assidus et maternels pour trois enfants successifs, son exlrémc tendresse et sa sollicitude pour le duc du Maine, dont l'enfance fut si maladive, modifièrent ces dispositions. Peu à peu le maître la goûta davantage, et le crédit lui vint ; la glace était rompue. Au commencement de 1671 , son cousin de Villette Tayant priée de le recommander à Colbertpour l'ambassade de Moscovie, elle lui répondit : « Quoi qu'on vous dise de ma faveur, il s'en faut de beaucoup que je gouverne l'Etat. » Sévère, avisée,intéressée, elle a quelquefois, trop rarement, un éclair de gaieté. «Faites-vous aimer des officiers, mandet-elle à son frère, ne vous moquez de personne ; réjouissez-vous toujours, et laissez-moi faire le reste. » Très-lié( avec madame d^Sévigné, elle lui raconte «les horri blés agitations d'un certain pays qu'elle connoît bien e les tristes ennuis des dames de Saint-Germain. » — « h ne vois personne, écrit-elle au mois de mars 1672 ; ma

* IMres historiques et édifiantes, t. II, p. 454.

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