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pour une sauce qu'elle fit elle-même, et qu'elle mangea avec un appétit admirable. Je vous dis le fait sans aucune paraphrase ^ » Quel joli tableau ! Le plus habile peintre Taurait-il mieux réussi, et ne croit-on pas voir la triomphante marquise parler, rire et manger? L'année 1676 amena de nouveaux événements. Le 15 avril, le roi partit pour l'armée, et, peu de temps après, madame de Montespan prit le chemin de Bourbon. Madame de Sévigné, qui allait à Vichy, nous fait assister aux curieux incidents de ce voyage, auquel les ovations ne manquaient pas plus qu à celui deBarégcs. «Nous suivons les pas de madame de Montespan; nous nous faisons conter partout ce qu'elle dit, ce qu'elle fait, ce qu'elle mange, ce qu'elle dort. Elle est dans une calèche à six chevaux, avec la petite de Thianges; elle aun carrosse derrière, attelé de même, avec six femmes; elle a deux fourgons, six mulets et dix ou douze hommes achevai, sans ses officiers. Son train est de quarante-
cinq personnes... » Que devaient dire en la voyant disparaître comme un météore, le long des routes réparées Poreux et pour elle, sur la réquisition de M. l'intendant, ces paysans hâves, noirs, déguenillés dont parle La Bruyère? Généreuse d'ailleurs et donnant beaucoup et de fort bonne grâce aux églises et aux pauvres. « Madame de Montespan, écrit encore madame de Sévigné, partit jeudi de Moulins dans un bateau peint et doré,
* Lettre du 29 avril 1676.
meublé de damas rouge, que lui avoit fait prépare! M. l'intendant, avec mille chiffres, mille banderoles de France et de Navarre. Jamais il n'y eut rien de plui galant; cette dépense va à plus de mille écus^.. Elle ne voulut point se montrer aux femmes, mais les hommes la virent, à l'ombre de M. Tintendant. » Puis enfin : « Madame deMontespan est à Bourbon, où M. de La Vallière (le propre frère de sœur Louise) avoit donné ordre qu'on la vint haranguer de toutes les villes de son gouvernement; elle ne l'a point voulu. Elle a fait douze lits à l'hôpital, elle a donné beaucoup d'argent; elle a enrichi les capucins* ...»
Le retour du roi fut suivi d'une reprise qui rappela les premiers entraînements. Averti de l'arrivée de madame de Montespan, il s'empressa de la rejoindre, et Ton remarqua qu'il resta longtemps avec elle. La pauvre reine en pleura % mais nul ne s'en inquiétait. Que faisait cependant madame de Maintenon? Sans doute,
^ Le nom d'un intendant aussi galant mérite d'être transmis à la postérité. C'était Thomas-Alexandre Morant, maître des requêtes; intendant à Aix en 1680, premier président à Toulouse en 1687; mort à Paris, le 10 juillet 1713.
« Lettres des 15, 17 mai et 8 juin 1670.
s Lettre de la môme du 10 juillet 1670. — Madame de Montespan pleurait aussi parfois de son côté, et, pendant longtemps, ses larmes furent souveraines. Louis XIV disait un jour à madame de Maintenon pour lui faire prendre en patience les premières colères de madame de Montespan : « Ne vous ôles-vous pas aperçue que ses beaux yeux se remplissent de larmes lorsqu'on lui raconte quelque action généreuse et touchante? » (Souvenirs de madame de Caylus, édit. Techener, p. 07.)