‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 46 sur 204 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

loul espoir ne lui paraisssait pas perdu, car elle écrivait à l'abbé Gobelin : a Demandez à Dieu, je vous en conjure, qu'il conduise et rectifie mes desseins pour saglbireet pour mon salut *. » Les mois se passaient eila belle madame paraissait invulnérable. « Jamais la souveraine puissance de Quanto n'a été si bien établie. Elle se sent au-dessus de toutes choses, et ne craint non plus ses petites morveuses de nièces • que si elles étoient charbonnées. Comme elle a bien de Tesprit, elle paroît entièrement délivrée de la crainte d^enfermer le loup dans la bergerie. Sa beauté est exirème, sa parure est comme sa beauté et sa gaieté corame sa parure*...» Les observateurs de la cour croyaient pourtant remarquer un point à l'horizon. Dn nouvel astre allait-il se lever? Grave énigme dont madame de Sévigné voudrait bien envoyer le mot avant tout le monde à la gouvernante de Provence. « On dit que l'on sent la chair fraîche dans le pays de Quanto. On ne sait pas bien droitement où c'est ; on a nommé la dame que je vous ai nommée; mais comme on est fin en ce pays, peut-être que ce n'est pas là. Enfin, il est certain que le cavalier est gai et réveillé, et la demoi-

* Uttre du 17 juin 1676. — Elle lui avait écrit six mois auparavant, le 2 janvier 1076 : a Priez Dieu qu'il me conduise et vous inspire ce que je dois faire. •

* les demoiselles de Thianges, dont on avait dit que Louis XIV était inwureux. Elles épousèrent, l'aînée en 1670, le duc de Nevers, et la seconde le duc de Sforce, en 1678.

' Lettre de madame de Sévigné, du 7 août 1676.

selle triste, embarrassée et quelquefois larmoyante ^ » La dame en question était cette princesse de Soubise * qui, d'après Saint-Simon, obtint de Louis XIV tout ce qu elle voulut, honneurs, dignités, argent, en sauvant à peu près les apparences, grâce au bon goût de son mari , pour qui le partage avec Jupiter n'avait rien de déshonorant, pourvu qu*il fût suffisamment lucratif. Du moins, madame de Sévigné la nomme à cette époque. Mais bientôt : « La vision de madame de Soubise a passé plus vite qu'un éclair; tout est raccommodé. On me mande que, l'autre jour, Quanto avoît la tête appuyée familièrement sur l'épaule de son ami; on crui que cette affectation éloit pour dire : « Je suis mieux que jamais. » — Madame de Maintenon est revenue chez elle; sa faveur est extrême^.» Louis XIV était en ce moment enlacé dans des chaînes assez embrouillées pour fournir aux moralistes un ample sujet d^élude. Il avait rassuré madame de Montespan, qui ne demandait pas mieux, et Ton peut croire, sans faire des conjectures indiscrètes, qu'il avait pour madame de Maintenon un goût de jour en jour plus vif que celle-ci ne s'étudiait probablement pas à combattre. En même temps, madame de Soubise était l'objet de distinctions cachées, mais effectives; enfin, on nommait aussi* tout bas madame de

* Lettre du 24 août 1676.

- Anne de Rohan-Chabot, mariée en 1C63 à François deRohaO; prince de Soubise, morte le 14 février 1709 à l'âge de soixante et un ans. ' Lettre du 2 septembre 1676.

* Lavallée, t. I, p. 317, noie.

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