CHAPITRE CINQIIÈME
Lomigny * et mademoiselle de TItéobon *. Au milieu de ce conflit de caprices et d'allachemenls plus ou moins solides, la confiance de madame de Montespan reposait, il faut bien le dire, sur des bases assez l<^gères, et, par intervalles, son empire semblait fort compromis. « L*éloile de ÛManfo pâlit, écrit madame de Sévignéà sa fille le H septembre 1676 ; il y a des larmes, des chagrins naturels, des gaietés affectées, des bouderies; enfin, ma chère, tout finit. On regarde, on observe, on croit voir des rayons de lumière sur des visages que Ton trouvoit indignes, il y a un mois, d'être comparés aux autres. On joue fort gaiement, quoique la belle garde sa chambre. «Et, le 30 du même mois : « Tout le monde croit que l'Ami n'a plus d'amour et que Quanto est embarrassée entre les conséquences qui suivroient le retour des faveurs, et les dangers de n'en plus faire, crainte qu'on cherche ailleurs. D'un autre côté, le parti de l'amitié n'est point pris nettement; tant de beauté encore et tant d'orgueil se réduisent difficilement à la seconde place. Les jalousies sont vives; mais ont-elles jaïnaisrien empêché? » Puis, le 15 octobre : « Si Quanto avoit bridé sa coiffe ' à Pâques de l'année qu'elle revint àParis, elle ne seroit pas dans l'agitation où elle est; il
* Marie-Charlotte de Castelnau, femme du comte de Louvigny, qui fut plus tard duc de Grammont.
* Lydie de Rochefort-Théobon, mariée au comte de Beuvron.
^ S'était retirée, éclipsée. On lit dans le Dictionnaire de V Académie rf« 1694 : a Cette femme se bride si bien avec ses coiffes qu'on ne la Toit presque point. »
y avoit du bon esprit à prendre ce parti; iriais la foiblesse humaine est grande; on veut ménageries restes de beauté, et cette économie ruine plus qu'elle n'enrichit. »
Parmi les visages qui s'interposaient ainsi entre le so^ Icil et la maîtresse si longtemps adorée, les contemporains signalent encore, comme rivale un moment redoutée, une chanoinesse de Lorraine, madame de Ludres, fille d'honneur de la princesse Palatine, et fort belle femme, au témoignage de celle-ci, avec les plus beaux traits qu'on pût voir, mais un son de voix désagréable et un accent des plus germaniques *. Elle était de plus spirituelle, et les connaisseurs citaient d'elle des mois de bon aloi; enfin elle mourait d'envie de débarrasser la cour de la favorite, pour prendre sa place. Suivant Saint-Simon, elle fut aimée quelque temps à découvert. C'était sans doute vers les premiers jours de 1677, un peu avant le départ de Louis Xl\
* C'est elle qui disait : « Ah! pour matame te Crignan, elle esi atorable. » — La princesse Palatine, qui voyait du poison pariout raconte, au sujet.de madame de Ludres, une histoire dont nous lu laissons la responsabilité. « Son règne, dit-elle, a duré deux ans. L: Montespan fit prévenir le roi que Ludres avoit des dartres sur le corps qui étoient la suite du poison que madame Cantecroix lui avoit iai prendre dans sa première jeunesse, lorsqu'elle n'avoit que douze i treize ans, parce que le duc de Lorraine (Charles IV) étoit si f'ori amoureux de cette enfant qu'il vouloit l'épouser. Le poison fit éruption et la couvrit de taches, de la tête aux pieds. De temps en temps, ell( a encore des attaques de son mal ; elle a maintenant 70 ans, et elU est encore fort belle. » [Correspondance complète; lettre du 3 septembre 1718.)
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pourrarmée *. Que se passerail-il au retour? Madame de Honiespan, alors à Mainlenon, où elle accoucha de mademoiselle de Blois, serait-elle abandonnée après cette preuve nouvelle d'un trop fécond atlachemenl *? Grave sujet do préoccupation pour la cour! Au mois de roarSjBussy mandait au président Brularl que madame de Ludres allait devenir la maîtresseen tilre;maisBussy détestait madame de Montespan, tout en la fatiguant, ainsi que tant d'autres, de ses plates requêtes. Plus habile et plus circonspecte, madame de Sévignô n'osait se prononcer : c Nous attendons le roi, et les beautés sont alertes pour savoir de quel côté il tournera '. » On le sut en effet bientôt. Bussy s'était trompé, et la belle chanoinesse passa au rang des éphémères. Louis XIV avait cru s'en défaire avec de l'argent, et il lui fit offrir deux cent mille francs qu'elle refusa *. Voyant la faveur
* Le roi partit le 28 février 1677, et fut de retour le 31 mai.
' Madame de Maintenon refusa cette fois de se charger de l'enfant, que i^ouvois fit élever secrètement dans la maison de la rue de Vaugiraid. 11 en fut de môme pour le comte de Toulouse, né un an plus lard» [Correspondance générale, t. 1, p. 328, note de la letlrc CXIH.)
'Leltredu 19 mai 1677.
* Lettre de Bussy-Rabulin, du 16 juin 1077. Veut-on voir avec <iuel cynisme Bussy pj.rle de cet incident? — « Si le refus que fait madame de Ludres de .ce qu'on lui veut donner lui fait revenir sou amant, je la trouverai fort habile. Sinon, je dirai avec le vieux Scn- «ctcrre que les gens d'honneur n'ont point de chausses. 11 n'appartient pas à ceux qui n'ont point de pain de faire les généreux. »
H faut tout dire. Deux ans et demi après, la belle délaissée, qui s'élait retirée aux dames de Sainte-Marie à Paris, puis dans un couvent deKancy, « lasse de bouder (c'est madame de Sévigné qui le raconte) sans qu'on y regardât, obtint enfin de son orgueil, si bien réglé, de
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revenue, madame de Montcspan accabla madame de Lu dres de tous ses mépris. « Elle Ta pensé étrangler et lui fi une vie enragée^» — La pauvre Isis*, ajoute madame d< Sévigné, n'a point été à Versailles : elle a toujours ét^ dans sa solitude... Vous ne pouvez assez plaindre 6 admirer la triste aventure de cette nymphe; quand ua certaine personne en parle (on devine qui) elle dit c haillon. L'événement rend tout permis. » Madame i Sévigné, qui trouvait Isis belle comme un ange, aurai! disait-elle, mieux aimé ce haillon loin que près. Quan à madame de Monlespan, elle se sentit si bien raffermi qu'elle la laissa aller où elle voulut. Jamais, en effel la passion du roi n'avait paru plus forte qu'après cetl infidélité; jamais repentir plus vif, protestalions pli tendres. « Oh ! ma fille, quel triomphe à Versailles quel orgueil redoublé! quel solide établissemen
prendre du roi deux mille ccus de pension, et vingt-cinq mille frar pour payer ses pauvres créanciers, qui, n'ayant point été outrag( souliaitoicnt fort d'être payés grossièrement, sans rancune. »
* Correspondance de Dussu-Rabutin, lettre de madame de Montu: rency, du 18 juin 1677.
- Opéra de Quinault, alors dans sa nouveauté. Isis, désignée éga! nient sous le nom d'Io, était lille d'Inaclius. On sait que Jupiter changea en vache pour la soustraire à la jalousie de Junon. L'ope d'isis ne réussit pas, dit-on, à cause de madame de Montespan, que cour crut reconnaître dans le rôle de Junon. [Mémoires touchant vie et les écrits de madame de Sévigné'., 6« partie, par M. Auboi p. 275). Poursuivant son allusion mythologique, madame de Sévig ajoutait, au sujet du départ de madame de Ludres pour le chîlile (l'une de ses amies : a lo est dans les prairies, en toute liberté, n'est observée par aucun Argus : Junon tonnante et triomphante 1/ Académie des inscriptions n'eut pas mieux dit*