‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 5 sur 204 · M PRÉFACE · texte numérisé non relu

M PRÉFACE

Voltaire aurait pu avouer toutefois que l'orthographe et l'écriture de madame de Maintenon annonçaient une personne instruite, sensée, et que c'était le contraire chez madame dô^Montespan. On sait au surplus que Louis XIV n'avait pas le droit d'être difficile en fait d'orthographe, et celle de la favorite, s'il s'y arrêtait, ne devait pas lui sembler aussi capricieuse qu'à nous. Ajoutons, pour être justt*, que le mérite épistolaire des deux rivales ne saurait être comparé. Mais, dans un genre où madame de Sévigné règne sans partage, il y a encore, au dessous de madame de Maintenon, des rangs honorables, et il sera facile de se convaincre que bien des lettres de madame de Montespan à Daniel Huet, et surtout à la maréchale de Noailles, portent l'empreinte de l'époque. Si elles n'ont pas la légèreté et la grâce particulière dont parle Voltaire, qui en avait sans doute vu que nous ne connaissons pas et qu'on retrouvera peut-être un jour, on y distingue aisément la grande dame, la femme d'esprit, et, pour tout dire, ce tour délicieux des Mortemart, loué plus d'une fois par Saint-Simon.

Nous publions, avec les lettres de madame de Montespan que nous avons recueillies, un très-petit nombre de celles de la charmante abbesse de Fontevrault, sa sœur, dont tout lé monde, au dix-septième siècle, exaltait les grâces aimables et la verîu^ Quelques lettres du duc du Maine à sa mère, du spirituel et voluptueux Vivonne, du duc d'Antin, de Huet, de Gaignières, etc., forir:ent un noyau susceptible de grossir avec le temps, et qui fournira, nous le croyons, de nouveaux éléments à l'histoire de la littérature et de la société dans

* Nous aurions pu en donner davantage. Nous nous sommes bornô à publier quant à présent ceUes où il est question de madame de Montespan.

PUÉFACE. VII

un siècle où elles ont jelé en France leur plus vif éclat. On ne sera pas surpris enfin de trouver, mêlées à ces lettres, celles que Louis XIV a écrites au rigide Coibert, soit pour lui recommander, il faut voir en quels termes, de surveiller les actions du marquis de Montespan, soit pour lui ordonner de satisfaire aux coûteux caprices de la maîtresse qui Ta le plus longtemps et le plus complètement subjugué.

Quelques pièces justificatives, la plupart inédites, terminent le volume. Nous citerons entre autres cinq lettres de mademoiselle de La Vallière, une notice sur mademoiselle de Fontanges, Tacte, vainement cherché jusqu'à ce jour, qui prononça la séparation de madame de Montespan pour sévices graves^ une note sur ses dépenses, des pièces authentiques constatant ses nombreuses fondations charitables, l'inventaire du mobilier de son château d'Oiron, etc.

Nous avons essayé, dans Tétude biographique qu'on va lire, de reconstituer, en remontant aux sources, une des plus bruyantes personnalilés de ce dix septième siècle qui en compte tant de fameuses, et auquel, malgré la sévérité de certains critiques, on s'intéressera encore longtemps ^ Passionné pour la vérité, nous avons eu pour but, comme toujours, de faire connaître, du moins en ce qui pouvait ^e

* Que ces critiques inexorables me permetleiit de mettre sous leurs yeux ces simples lignes empruntées à un contemporain, à Segrais, nô LU 1624, mort en 1701 :

« On est plus heureux présentement que l'on n'étoit auparavant lorsque le moindre genlill omme faisoit le tyran sur ses terres... Ps'étoitce pas une c^ose effroyable qu'alors un conseiller au parlement faisoit trembler tout le monde quatre lieues autour de lui. » [Segrnisiami, édition de 1722, page 38)

Ceux qui blâment les mauvais côlés du règne avec une si grande vivacité, seraient bien plus forts s'ils consentaient à reconnaître lo bien qu'il a fait.

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