CHAPITRE SIXIÈME
madame de Montespan accoucha au bout de quelques mois du comte de Toulouse. Ponctuel en toutes choses, Colbert demanda, en marge de la lettre : « Si le roi feroit la dépense. » Le courrier suivant ayant tranché la question, il prévint l'intendant qu'il ferait tout payer. Le mois d'après (16 avril) nouvel armement, comme nous rapprend cette lettre du ministre à l'intendant ^eRochefort: «Le roi ayant accordé à madame de Montespan et à madame la comtesse de Soissons le vaisseau le Hardi pour être armé en course, ne manquez pas de le faire mettre promptement en état de naviguer et de faire fournir des magasins les canons,, armes, poudres, agrès et apparaux nécessaires... Le porteur de ce billet aura soin de la levée des équipages etdela préparation des vivres. » EnSn, au mois de mai suivant, un troisième armement avait lieu dans des conditions identiques *. Sur le désir de madame de Montespan, les commandants et les matelots de ces navires furent choisis dans sa province même. Heureusement la paix, qui fut conclue peu après, fit évanouir tous ces rêves de gain. Cela n'a pas empêché un spirituel écrivain de se demander si la vocation pour la marine et les aptitudes particulières du comte de Toulouse, venu au monde sur ces entrefaites, ne furent pas déterminées par les préoccupations maternelles'.
* Arch. delà Marine; lettres des 7 mars, 10 avril et 7 mai 1678.— J^Uresde Colbert, t. UI, pièce n* 487.
'Jal; loc. cit.
Le moyen qu'avait imaginé madame de Montespan pour soutenir la splendeur de sa maison était d'autant plus commode, que les arsenaux de l'État, mis gracieusement à sa disposition , faisaient tous les frais, couraient tous les risques. Il en était à peu près de même au lansquenet, à l'hombre, à la bassette, au portique, au hoca, au trou-madame, à tous les jeux de hasard, puisque, en dèûnitive, c'était la caisse du trésor royal qui supportait ses pertes, et s'il faut sa— fier aux contemporains, elles n'étaient pas légèreSi^ Les premières années de la faveur, les temps heureux.;^ semblent n'avoir pas connu cette distraction extrême ^ fruit de la fatigue, de l'indifférence et des que relies répétées. On la voit apparaître en 1678 ave^<! un degré de violence à peine croyable, s'il n'était attesté par vingt témoins*. Les moralistes ont cent fois raison de condamner les jeux de bourse et les tripots, destruction de la famille. Que diront-ils en apprenant ce qui se passait au dix-septième siècle, et la passion vertigineuse de madame de Montespan, de madame de Vivonne et de tant d'autres femmes de la ^ cour et de la ville pour le jeu'? Déjà, pendant la campagne de 1678, Saint-Pouange avait écrit de Lille à
* Cependant Louis XIV avait toujours aimé le jeu, et il jouait déjà de grosses sommes au reversi et au brelan, dans les premiers temps de sa passion pour mademoiselle de La Vallière. (Mémoires du marquis de SourcheSf t, I, p. 354.)
* Voir notre ouvrage ïm police sous Jjouis XIV t chap. \\\ : J^ejeu^ le théàtrey les églises.