‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 64 sur 204 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

plus, et VOUS jugez bien que les courtisans suivent cet exemple. » Peu de temps après, la nouvelle duchesse expiait l'insolence de son triomphe par un abandon subit, et partait malade, épuisée, la mort dans le cœur et sur le visage, pour cette même abbaye de Chelles où elle s'éteignit Tannée suivante. Restées seules en présence, mesdames de Montespan et de Maintenon comprirent qne l'instant décisif était venu. La lutte, une lutte mortelle sous les dehors de la courtoisie la plus raffinée, s'engagea, et la cour en suivit les péripéties avec un intérêt croissant. « Le jour que le roi partit de Saint-Germain, écrit Bussy le 18 mai 1680, comme il 'wontoit en carrosse avec la reine, il eut de grosses paroles avec madame de Montespan, sur des senteurs dentelle est toujours chargée et qui font mal à Sa Ma-

jesté. Le roi lui parla d'abord honnêtement, mais ^onnmeelle répondit avec beaucoup d'aigreur, Sa Majesté ^ échauffai » La querelle fit grand bruit. Alarmé de ^s senteurs, le roi dissimula mal sans doute l'im- P^ession que devaient faire sur lui les rapports de La ïleynie, car le 25 mai, madame de Sévigné écrivait : « Il y eut Tautre jour, une extrême brouillerie entre le roi et madame de Montespan. M. Colbert travailla à l'éclaircissement (il le raccommodait jadis avec La Vallière) et obtint avec peine que Sa Majesté feroit medianochej comme à l'ordinaire. Ce ne fut qu'à condi-

^ Correspondance y t. V, p» 116.

iU MADAME DE MONTESPAN.

lion que tout le monde entrcroit... » Le mois suivant (9 juin), madame de Sévigné constate que Tascendant de madame de Maintenon croît toujours, et que celui de madame de Montespan diminue à vued'œil; puis, le 7 juillet « qu'on a beaucoup de rudesse pour celle-ci. » Une lettre de madame de Maintenon du 30 juin confirme ces impressions. « Il n'y a rien de nouveau dans les déchalriemens que l'on a contre moi, écrit-elle de Fontainebleau à son frère ; comme je suis fort glorieuse^ les premiers mouvemens sont violents, mais je me dis ensuite ce qu'il faut, et ce que vous m'en écrivez est fort raisonnable et fort pieux. » La piété ded'Aubignél passons. Quelques jours plus tard (6 juillet), la confiance de madame de Maintenon n'est plus la même, s'il faut en juger par cette autre lettre : « On est enragé conlre moi, et comme vous diles, on se prend à tout pour me nuire. Si on n'y réussit pas, nous nous en moquerons, et si on y parvient, nous le souffrirons avec courage*. » On a, dans ces mots, la preuve que madame de Montespan mettait, de son côté, tout en œuvre pour perdre sa rivale, dont les incertitudes et les craintes sont ici manifestes. C'était, si l'on s'en rapporte à un

* Correspondance générale, t. II, p. 109 et 114. — Voilà le langage de 1680. 11 est curieux et instructif de le comparer à celui de 1705 : « Avant d'être à la cour, où je suis venue à trente-deux ans, je me pouvois rendre témoignage que je n'avois jamais connu l'ennui, mais J'en ai bien tâté depuis, et je crois que je n'y pourrois résister si je ne pensois que c'est là où Dieu me veut. Il n'y a de vrai bonheur qu'à servir Di»u. » (Entretiens sur l'éducation des filles, p. 198.)

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