CHAPITRE SIXIÈME
charmant chroniqueur de la cour, madame de Caylus, Vèpoque où, voyant la faveur s'éloigner d'elle et voulant au moins la fixer dans sa famille, madame de Montespan aurait essayé de faire de la jolie duchesse de Nevers, sa nièce, la maîtresse du roi*. Ecoutons la gazette Sévigné (17 juillet) : « Le roi alla l'autre jour à Versailles avec madame de Montespan, madame de Thianges et madame de Nevers toute parée de fleurs. » Ainsi la mère, la fille et la tante étaient sous les armes avec un but commun. Mais Tintrigue de Nevers ne réussit pas*, et la même lettre nous apprend qu'à la cour, on était toujours surpris de la sorte de faveur de madame deMaintenon, pour laquelle nul n'avait autant de soins et d'attentions que le roi, à qui elle faisait connaître un pays nouveau, le commerce de lamitié et de la conversation'.
Nous savons enfin par le roi lui-même l'état exact de ses relations avec madame de Montespan, au mois
* Souvenirs, p. 74.
* On revint à la charge Tannée d'après, comme l'indique assez claire- '"ent ce passage d'une lettre de madame de Maintenon, du 2 septem- "^^ 1681 : « Madame de Thianges prend le soin d'orner souvent un Çchafaud de toute la beauté que fournit sa famille, on y môle quelques *itpangers qui ne servent qu'à faire voir l'avantage que le sang de Mor- ^cmart emporte sur ce qu'il y a de plus beau ici. »
'J'ai cité à cette occasion dans la Police sous Tjmis XIV, p. 217, une 'C'ipe de madame de Maintenon à madame de Frontenac, dont M. Lavallée a depuis démontré la fausseté. « Dans ce moment, faisait dire La Beaumelle à madame de Maintenon, ils (le roi et madame de Montespan) sont aux éclaircissemens, et l'amour seul tiendra conseil aujourd'hui. I^roi est ferme, mais madame de Montespan est bien aimable dans les
d'octobre de 1681. Elle lui avait demandé, à la prière de Mademoiselle, une faveur pour Lauzun, et elle sollicitait une réponse dont Louis XIV eût préféré se dispenser, a Je lui en ferai une générale, écrivit-il de Vitry à Colberl, m'en remetlant à vous pour lui dire mes intentions. Je vous envoie sa lettre afin que vous connoissiez mieux ce qu'elle désire... Vous Tirez donc trouver, et après lui avoir rendu la lettre que je vous envoie pour elle, vous lui expliquerez en termes honnêtes que je reçois toujours les marques de son amitié et de sa confiance avec plaisir, et que je suis très-fâché quand je ne saurois faire ce qu'elle désire; que je crois bien lui avoir montré assez le plaisir que j'ai à lui en faire en accordant à Lauzun ce que je lui viens d'accorder *; que sa nouvelle demande m'a surpris; qu'on peut espérer avec le temps un changement, mais qu'à cette heure je ne saurois rien faire de plus que ce que j'ai fait. Vous joindrez à cela toutes les honnêtetés et tous les complimens que vous croirez convenables *. » Le charme était, on le voit, définitivement rompu. Mais quel regret n'éprouve-t-on pas, en lisant ces excuses et ces adieux, de n'avoir aucune des protestations et des tendresses des jours heureux !
larmes. Madame la dauphine est en prières ; sa piété a fait faire au roi des réflexions sérieuses ; mais il ne faut à la chair qu'un moment pour détruire l'ouvrage de la grâce .. » Vit-on jamais faussaire plus impertinent?
* Voir Chapitre II, à la fin.
Cabinet de M. le duc de Luynes; lettre autographe.