‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 67 sur 204 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

«dame deMontespan protège Lulli, Quinault, etc. — Pellisson se prononce contre elle dans un procès au Conseil et perd sa place d'historiographe. — Elle s'intéresse à Corneille. — Elle demande un opéra à Racine. — Boileau, le passage du Uliin et madame de Montespan. "" Hacinc et Boileau lisent devant elle, madame de Maintenon et ^^is XIY leur histoire du roi. — Incident relatif à madame de "^intenon. — Boileau, Racine et les oure de madame de Montespan. "* Dédicace de La Fontaine. — Signes de défaveur. — Mademoiselle %c. — Manège de madame de Maintenon pour parvenir à convertir 'eroi. — Sa faveur racontée par madame de Montespan. — Contraste ^"tre elles. — La mort de la reine change la situation. — Madame "® Montespan conseille de marier Louis XIY le plus tôt possible. — "triage secret avec madame de Maintenon. — Madame de Montespan reste à la cour. — Le roi continue d'aller chez elle tous les jours- "** Emploi qu'il fait de sa journée en 1684, — Relies étrenncs qu'elle ^^^ donne.

La protection accordée aux leltres et aux arls a toujours porté bonheur aux gouvernemenls et aux particuliers qu*a séduits la gloire de celte mission civilisa- Wce par excellence. Epur ne citer que Louis XIV, et ^ns diminuer le talent de ses ministres, de sesdiplo- ^^\^B et de ses généraux, quelle illustration ne doit-il fas aux poètes, aux moralistes, aux prédicateurs et aux «artistes qu'une heureuse étoile a fait naître sous son

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règne? Madame deMontespan comprit d'instinct influence et s'entoura des grands écrivains de son t( Le plaisir d'ailleurs ne perdait pas ses droits, et U madame n'avait pas de goût pour le lalent rébar En 1671, les associés de l'Opéra, on dirait aujoui les actionnaires, se trouvaient divisés, et beai d'intérêts étaient lésés; elle intervint en faveur d< à qui l'abbé Perrin* dut céder son privilège*. Lui pela Quinault qu'elle protégea aussi , mais celui-ci ( plus tard des bourrasques pour quelques allusioi provoqua une de ses pièces, et dont la maîtresse piter fut offensée'. Si ceux qui l'amusaient avaie bonnes grâces, elle était, par contre, inexorable < quiconque osait traverser ses volontés. Un littér qui était conseiller d'État, Pellisson, conclut conti dans un procès; il perdit sa place d'historiograph Boileau et Racine héritèrent, au grand dommage poésie et de l'histoire *. On a prétendu que Racii rait plusieurs fois mis en vers des billets de Louis madame de Montespan'. Que ne donnerait-on pai les avoir? Bien inspirée, elle s'intéressa égaleme

* Un* faux abbé. Il avait pris ce titre pour se pousser à la c'est ainsi en effet qu'il s'était fait nommer directeur de TOpi

* Théâtre de Quinault f t. I, Vie de Quinault.

A l'occasion du personnage d'Io métamorpbosée en vache tragédie d'/5W, représentée à Saint-Germain le 5 janvier 1G77. Vc

* En 1677, d'après les Mémoires de Jj)uis Racine.

^ Mémoires pour servir à Vhistoire de madame de Maintejion, de 1756, t. II, p. 37. Ajoutons que l'autorité de La Bcaumelle de ces mémoires» est bien suspecte.

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grand Corneille que la faveur publique abandonnait, et qui venait d'être privé de sa pension. A cette nouvelle, Boileau courut chez la favorite et la supplia, dit-on, « pour la gloire même du roi, de lui faire plutôt reIrancher sa propre pension que celle d*un homme qui la ffléritoit si bien. » Madame de Montespan dit un mot et la pension de Corneille fut rétablie *. Pliant tout à ses désirs, ne consultant d'autres goûts que les siens, n'ayant nul égard aux aptitudes diverses de l'esprit, elle demanda à Racine un opéra : la Chute de Phaéton. «Hadamede Montespan et madame deThianges, sa sœur, raconte un ami de Boileau, lasses des opéras de M. Quinaiilt,proposèrentau roi d'en faire faire un par Racine qui s'engagea assez légèrement à leur donner cette satisfaction...» Dans son embarras. Racine recourut à Boileau, et leurs efforts réunis aboutirent à un fade prologue sur la poésie et la musique. L'épitre sur le passage du Rhin donna lieu à une scène piquante que Tauteur et ses amis ont racontée. De nonibreuses pièces avaient été adressées au roi qui, un jour, lut une des plus mauvaises à mesdames de Montespan et de Thianges en leur disant, sans les convaincre, qu'elle était de Boileau. * U-dessus, dit un contemporain. Sa Majesté vint à "re Tépître de Despréaux, maisavecdes tons si enchan- '^urs, que madame de Montespan lui arracha l'épili c ^6s mains en s'écriant qu'il y avoit là quelque chose de

* Œuvres de Boileau, édit. baiut-Marc, l. V, p. 194, note.

surnaturel, et qu'elle n'a voit jamais rien entendu de si bien prononcé. Elle trouva la pièce, en effet, digne de celui qui l'avoit si bien récitée *... »

Que de fois les deux poètes furent admis à lire chea madame deMonlespan, en présence du roi, des frag < monts d'histoire contemporaine! Suivant Boileau , Louis XIV avait plus de goût pour Racine que pour lui ; celait le contraire de madame de Montespan. L'espril et le sarcasme s'attiraient. Louis Racine a raconté, d'après les confidences de son père, ces soirées auxquelles assistait madame de Maintenon. La lecture finie, le jeu commençait. Échappait-il à madame de Montespandes paroles un peu aigres, le roi, sans lui répondre, regardait madame de Maintenon. Cependant, celle-ci cessa de venir, et un jour qu'ils lui en témoignaient leur surprise, elle répondit froidement qu'elle n'était plusadmise à ces mystères. « Leur étonnement fut bien plus grand, continue Louis Racine, lorsque le roi, obligé de garder le lit, les fit appeler avec ordre d'apporter ce qu'ils avoient écrit de nouveau sur son histoire, éi qu'ils virent, en entrant, madame de Maintenon assise dans un fauteuil près du chevet du roi, s'entretenant familièrement avec Sa Majesté. Ils alloient commencer

* Bolœana on eut retiens de M. de Monchesnay avec V auteur ; Amsterdaii), il 72. Mémoires inédits de Brossette sur la vie et les ouvrages de boileau. — Bibl. imp. S. F, 2,810. Passage cité par M. de Lescure dans l'introduction aux Mémoires de Marais — 11 y a une très- légère différence dans le^ détails entre la version de Monchesnay et celle de Brossette.

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