CHAPITRE SEPTIÈME
leur lecture, lorsque madame de Monlespan, qui n'étoilpointaltendue, entra, et aprA.s quelques complimens au roi, en fit de si longs à madame deMainlenon, que, pour les interrompre, le roi lui dit de s'asseoir, n'étant pas juste, ajouta-t-il, qu'on lise sans vous un ouvrage que vous avez vous-môme commandé. Son premier mouvement fut de prendre une bougie pour éclairer le lecteur; elle fit ensuite réflexion qu'il étoit plus convenable de s'asseoir, et de faire tous ses efforts pour paroilrc attentive à la lecture. Depuis ce jour, le crédit de madame de Maintenon alla en augmentante »
Une autre aventure dont nos deux amis furent les héros met en relief une singularité de madame de Monlespan '.
«Madame de Montespan, écrit le Père Quesnel à Ainauld vers 1080, a deux ours qui vont et viennciil comraebon leur semble. Ils ont passé unenuit dans un Jnagnifîque appartement que l'on a fait à mademoiselle
' Louis Uacinc, Mémoires. — D'après Louis Racine, c'est madame de Montespan qui aurait eu l'idëe de faire écrire une histoire suivie du ''^*l>nede Louis XIV, et c'est madame de Maintenon qui, en 1677, aurait "^'gné fioiieau et Racine, si peu propres pour cet emploi. Ce dernier, consulté par madame de Montespan sur le choix d'un précepteur pour »e comte de Toulouse, lui indiqua un habile homme, nommé de Trous- ^'t. auteur d'une Critique de la Princesse deClèves et d'une Vie du duc '^^ f'Uise, De Trousset ajouta depuis à son nom celui de Valincourt, et devint, quand l'éducation du prince fut terminée, secrétaire général de ^ marine.
* î^'ous l'empruntons à M. Sainte-Beuve, quia tant de ces trouvailles ^^ureuses, et chez qui il ya à glaner sur tous les sujets. {Causeries du '"«^i.t.Y, p. 416, Uoilean.)
134 MADAUË DE NONTESPAN.
de Fontanges. Les peintres, en sortantle soir, n avoienl pas songé à fermer les portes; ceux qui ont soin de cet appartement avoienl eu autant de négligence que les peintres : ainsi, les ours, trouvant les portes ouvertes, entrèrent, et, toute la nuit, gâtèrent tout. Le lendemain i on dit que les ours avoient vengé leur maltresse, et au très folies de poètes. Ceux qui dévoient avoir fermé Tappartement furent grondés, mais de telle sorte qu'ils résolurent bien de fermer les portes de boïme heure. Cependant, comme on parloit fort du dégât des ours, quantité de gens allèrent dans l'appartement voir tout ce désordre. Messieurs Despréaux et Racine y aUèreat aussi vers le soir, et, entrant de chambre en chambre, enfoncés ou dans leur curiosité ou dans leur douce coaversation, ils ne prirent pas garde qu'on fermoit les premières chambres; de sorte que, quand ils voulureat sortir, ils ne le purent. Ils crièrent par les fenêtres y mais on ne les entendit point. Les deux poètes firent bivouac où les deux ours Tavoient fait la nuit précédente, et eurent le loisir de songer ou à leur poésie passée ou à leur histoire future. »
Qui ne connaît les beaux vers par lesquels La Fontaine dédiait, en 1679, son second recueil de fables à madame deMontespan?
Le temps, qui détruit tout, respectant votre appui. Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage... Paroles et regards, tout est charme dans vous. Ma muse, en un sujet si doux,