CHAPITRE HUITIÈME
M. le duc du Maine avec beaucoup de leurs gens composoientla troupe; on y chanta et on y dansa jusqu'à œinuit.
^iO février. — Le soir il y eut comédie, et ensuite Monseigneur, Monsieur, Mademoiselle et madame de ïonlespan se masquèrent, vinrent dans la chambre du roi se montrer, et allèrent ensuite chercher des bals dans le Grand commun et dans la ville, où on leur a voit iilqu'ily enauroit*. »
Madame de Maintenon eût certainement préféré voir l'ancienne rivale éloignée de la cour, mais elle atlcndait, évitant les récriminations, et désireuse avant tout, dans les commencements, de ne pas trop faire parler. «Madame de Montespan, écrit-elle à son frère le 9 juin 1685, me voit souvent et m'a menée à Clagriy. «leanne ne m'y croyoit pas en sûreté. » On a là une preuve certaine des bruits qui avaient couru en 1680. ^ passage d'une lettre à la supérieure de Saint- ''F du mois d'août 1686 donne une idée de ses dispositions pour l'ancienne rivale : « Mademoiselle de Montpensier va à vêpres, et sera, je crois, suivie de wiadame de Montespan. Je prends part à la peine qu'elles vous donneront; je vôudrois y aller, mais il ^aut mieux prier Dieu ici que d'aller causer à Saint-Cyi ^^ec elles, les trotter partout*,.. » Une fois, elle
. * Lelire à Bussy, du 25 janvier 108G ;— Journal de Dangeait, aux dates
Uttreê historiques et cdifianles, l. I, p. 33
nomme M. de Monlespan ; on va voir à quel suje D'Aubigné, ce frère terrible et compromettant qu* eli éloignait avec mille douceurs, était venu la voir, etseï écarts de langue et de conduite la Taisaient trembler « Soyez sur vos gardes à Paris comme à la cour, lui écrit-elle de Fontainebleau ; ne voyez guère M. de Moa* tespan, ni M. de Lauzun ; on dira que vous cherches les mécontens. Allez à l'Opéra ; allez voir Saint-Basile^ voyez M. de Lusignan. Divertissez-vous ; ne jouezguère voyez le père Bourdaloue et M. Gobelin ; confessei-vou et venez passer la Toussaint ici ; vous entendrez 1< père Bourdaloue ; vous verrez le roi faire ses dévotions ce qui en donne aux plus libertins^. »
Quel fut le sort de ces conseils? Ils constatent di moins l'action déjà prépondérante de madame de Main tenon, et l'on peut, en songeant aux scandales des an nées précédentes, mesurer le terrain parcouru en sen contraire. Que disaient de ce changement, poussé hier tôt à l'extrême et qui mit rhypocrisie en honneur, le libertins, c'est-à-dire les libres penseurs du temps? sait dans tous les cas ce qu'en pensait madame de Mot tespan. Allant un jour voir madame de Maintenor elle y rencontra le curé et les sœurs grises de Ve3 sailles qui venaient assister à une assemblée) decharil* c< Savez-vous, madame, lui dit-elle en l'abordant, qu
* n y avait en 170i, à Saint-Cyr, dans la classe rouge, une demc selle de Saint-Basile. S'agit-il de son père?
* Correspondance générale, t. II, p. 429, lettre du 25 octobre IGt