CHAPITRE HUITIÈME
votre anlichambrc est merveilleuseinenl parée pour voire oraison funèbre*? » On a là exactement le tour de son esprit, et l'on voit qu'elle ne ménageait personne, quoi qu'il pût lui arriver. Est-il surprenant Çue madame de Mainlenon cherchât à reconduire, ha- W'ement, sourdement? Peu à peu en effet l'antagonisme, un moment amorti, s'était réveillé. Au mois de Mai 1686, les médecins avaient décidé que le roi irait à Baréges *. Prévenue qu'elle ne serait pas du voyage, madame de Monlespan eut, nous le savons encore par Dangeau, des vapeurs violentes, et partit pour Rambouillet, dans un accès de colère, sans prendre congé de personne. Que de fois, dans ces moments de jalousie et de dépit que l'orgueil du sang et l'impétuosité du caractère devaient rendre terribles, la belle et calme figure de Louise de la Miséricorde dut se dresser de- ^^ntelle comme un souvenir vengeur! Mais le temps ^e la retraite n'était pas venu, la mesure n'était pas emblée, et volontairement, elle restait attachée au ^^ttie pilori. Le voyage de Baréges ayant été abandonné, elle revint à la cour, et le roi retourna la voir. On de- ^^^^ les aigreurs et les reproches que devaient ame- ^^^ ces entrevues. Quelques mois après, le 23 septem- ''e 1686, à Marly, la maîtresse délaissée osa dire à "^Uis XIV, sous le coup d'un de ces froissements qui
Souvenirs de madame deCaylus, ëdit. Tecliener, p. 105. ^ X^ur la maladie qui nécessita quelques mois après la grande opé-
révoltaient son orgueil, « qu'elle avoit une grâce àlui demander, c'éloit de lui laisser le soin d'entretenir les gens du second carrosse et de divertir rantichambre^ » Heureusement, ses nombreux enfants la protégaient contre ses impertinences. Une de ses filles, mademoiselle de Nantes, avait épousé le duc de Bourbon*, et ce n*élait pas un appui inutile. Ce mariage, celui de son fils d'Antin avec mademoiselle d'Uzès, petite fille de M. de Montausier', divers séjours chez Tabbesse de Fontevrault sa sœur, la maladie de la duchesse de Bour
* C'est Dangeau lui-môme qui constate le fait dans son Journaljt I p. 390. Madame de Sévigné en parle aussi.
* Louise-Françoise, appelée mademoiselle de Nantes, mariée le 4 juil let 168 j au duc de Bourbon, petit fils du prince de Condé. a Le gran Condéet son fils, dit madame de Caylus, n'oublièrent rien pour témoi gner leur joie, comme ils n'avoicnt rien oublié pour faire réussir ( mariage. » Le marquis de Sourches dit do son côté : « C'étoit ur chose ridicule de voir marier ces deux marionnettes; car M. le duc c Bourbon étoit petit jusque dans l'excès. L'on appréhendoit qu'il demei rat nain, et l'on étoit obligé d'attendre jusqu'au mois de juillet qi mademoiselle de Nantes eût douze ans. Mais M. le duc souliaitoitpassioi nément cette affaire, et madame de Montespan la pressoit aussi dans s< intérêt particulier. » (Mémoires, 1. 1, p. 95.) Un petit roman fort ins jçnilianl, la Duchesse de Milan, avait été dédié en 1682 à madem nsel de Nantes. L'auteur, nommé i'récliac, lui disait qu'elle faisait l'oni ment des ballets, parlait les langues étrangères comme la française, et
5 Le 6 août 1686.— L'année prccéJenle, madame de Maintenonl'aYî fait nommer menin du Dauphin. Madame de Montespan lui don: 2,000 écus de pension , outre ce qui lui avait été assuré p l'acte de séparation entre elle et son mari. Elle lui fit meubler magnifique appartement, et sa femme trouva, en entrant cl elle « un grand bassin plein de tout ce qui peut servir à une dan de rubans, d'éventails, d'essences, de gants et une fort belle parui*& diamans et d'émeraudcs. » — « Ces présens- là, dit Dangeau , 24 août 1686, valent bien 40,000 francs. »