I CHAPITRE HUITIÈME
bon, celle de mademoiselle de Blois qui épousa en 1()92 le duc de Chartres, furent les épisodes saillants, h^s occupations de sa vie pendant quelques années. Le roi d'ailleurs coûtinuait à la voir, mais par déférence. Chaque jour, après la messe, il se rendait chez elle, et dans la soirée, elle allait auprès de lui avec la duchesse de Bourbon. On lui avait offert la direction des affaires . du duc du Maine, ce petit prodige d'autrefois, dont madame de Mainlenon n^était parvenue à faire, malgré d'heureuses dispositions el tous ses soins, qu'un enfant maniéré et pédant*. Elle^ne Taimait pas, à cause de sa gouvernante, et Dangeau nous apprend qu'elle refusa de s'en charger. Lui, de son côté, la détestait ou à peu près. « Je ne sais, écrivait-il le 25 octobre 1C88 à madame de Mainlenon (il avait alors dix-huit ans), je "e sais si c'est bien prendre mon temps de vous prier Redire à madame de Monlespan que nous manquerons Wentftt d'argent. J'ai ouï dire qu'elle nous renvoie "* de Malézieux *, ce qui ne me surprend point, car je *^'« qu^elle a toujours peur qu'ion ne la vole^ quoique
Voir les nombreuses lettres à mesdames de Montespan et de Maintc-
^^ dans la Correspondance générale de madame de Maint enon. Rien de
*^*^s apprêté, de plus gourmé. Nous en avons 'donné un échantillon
^ chap. V, p. 96. On trouvera, parmi les lettres que nous publions à la
'^Ue de cette étude, celles adressées par lui à madame de Montes; an.
* Nicolas de lilalézieux, né à Paris en 1650; mathématicien, poëto,
^^ esprit. Précepteur du duc du Maine, il devint plus tard chef de ses
^Hseils et ordonnateur des fêles données à Sceaux par la duchesse.
J'^inbre de l'Académie française et de l'Académie des sciences; mort
*^ 4 mars 1727.
M. de Montchevreuil ne soit pas d*hutneur à le faire. » Une autre fois, le jeune prince avoue à madame de Maintenon qu'il craint plus ses remontrances que celles de madame de Montespan, « parce queltes sont toujours autorisées par la raison ^ » Sa mère avait pris riiabitude, vers Tannée 1690, de passer, par intervalles, quelques semaines, puis des mois entiers au couvent des dames de Saint- Joseph*. Bientôt ces retraites devinrent plus fréquentes, plus longues, et, un jour, le 15 mars 1691, elle fit dire au roi par Bossuet que son parti était bien pris et qu'elle y séjournerait désormais^. Ainsi l'illustre évoque qui, seize ans auparavant avait essayé de l'arracher aux passions mondaines, était celui-là même à qui elle recourait au moment de rompre les derniers liens. Entreprise difficile, suivie de bien des regrets, de pas en arrière I...
* Mémoireu de mademoiselle d'Auniale. (Bibl. du Louvre, Ms. 325, fol. 144.)
* Ce couvent occupait une partie de l'emplacement du ministère de la guerre. Il se prolongeait jusqu'à la rivière. « C'est, dit Germain Brice, un hôpital établi en 1611, où l'on entrelient quantité de jeunes filles qui sont occupées à des ouvrages de leur sexe, dont les directeurs tirent une partie de leur subsistance. » (Description de Paris, i. IV, p. 47.)
5 Journal deOangeau. — Le marquis de Sourclies [Mémoires sur la cour de France, cités par M. Lavallée, t. H, p. 277) explique cette résolution par le dépit qu'elle aurait éprouvé en apprenant que le roi lui retirait, d'une part, le comte de Toulouse qu'il menait avec lui à l'armée, d'autre part, mademoiselle de Blois, qui était confiée à la mar^ quise de Montchevreuil, amie intime de madame de Maintenon. Mais il était déjà question .du mariage de mademoiselle de Blois avec le duc de Chartres, et c'est ce qui aurait motivé la nomination d'une gouile.
CUAPITRË UUITlÈàlË. 151
En effet, juste un mois après, Dangeau écrit : « Madame de Montespan a été quelques jours à Clagny et s'en est relournée à Paris, et elle dit qu'elle n'a point absolument renoncé à la cour, qu'elle verra encore le roi quelquefois, et qu'à la vérité on s est un peu hâté de faire démeubler son appartements » Quoi qu'il en soit, après onze ans d'hésitations, la grande résolution était enfln prise. Elle restait libre d'ailleurs, et nous savons qu'au mois de mai 1695 elle dina chez ce Langlée' qui, du temps de ses splendeurs, lui avait fait la surprise de la fameuse robe d*or sur or, illustrée par madame de Sévigné. Dans cette situation équivoque, une chose surtout, ses relations avec madame de Mainlenon, était resiée pour elle une source d'inquiétude. On pense bien que Dangeau, serviteur obséquieux de Louis XIV, se tait sur ce point délicat ; nous avons heureusement, pour ïious guider dans ce labyrinthe, quelques lettres de niesdames de Montespan et de Maintenon elles-mêmes. Celle-ci avait connu à la cour l'abbesse de Fontevrault, sœur de madame de Montespan, s'y était attachée, et '"i était restée fidèle, malgré les orages et les sépara-
* D'après Saint-Simon, c'est le duc du Maine qui aurait signifié à sa •nére, sans aucun ménagement, l'ordre du roi de quitter Versailles. Dangeau dit que cette résolution fut spontanée, et le marquis de Sourches, plus près, à ce qu'il semble, de la vérité, l'attribue, on vient de ^6 Toir, à un mouvement de dépit. Ce qui est certain, c'est que l'appartement qu'occupait madame de Montespan fut immédiatement *ïonné au duc du Maine, qui céda le sien à mademoiselle de Blois. (Lettre de l'abbé de Choisy à Bussy, du 21 mars 1691.)
* Uttre de madame de Sévigné, du 13 mai 1695.
lions qui suivirent. Le 27 septembre 1691 , c'est-à-dire environ six mois après la retraite plus ou moins Iiîp^ volontaire à Saint-Joseph, elle écrivit à Tabbesse de IT^ Fontevrault : « Je suis ravie, Madame, d'avoir reçu \^^ quelques marques du souvenir de madame de Montes- W ^ pan. Je craignois d'être mal avec elle. Dieu sait si j'ai ^ ^ fait quelque chose qui Tait mérité et comment mon cœu^ est pour elle*. J'aurois quelque curiosité de savoir c^^ qu'elle a pensé sur Thorrible mort de cet hommi (Louvois) qui seul lui paroissoit quelque chose, et qur remplissoit ses idées. Il ne fit que passer et n^étoU d^i^^^ plus. Il passa la galerie en santé, et il alloil mourir*, n-^^ Et, dix ans plus tard. « Vous ne me nommez pasle^^^ nom de madame de Montespan, et je ne saurois faire^^ de même; elle m'est trop souvent présente; je lulî^ ^
souhaite tout ce que je me souhaite à moi-même. Ap '^
prenez-lui, Madame, la mort de madame de Brinon,^ ^ et croyez l'une et l'autre, que par les sentimeos que*'^^^ ^ j'ai pour vous, je mérite vos bontés pour moi'. » On verra bientôt ce qu'il faut penser de ces protes-
* On voit là une justification indirecte, des excuses en quelque sorte, au sujet du reproche qu'on lui avait fait d'avoir forcé madame de Mon— tespan à quitter la cour. Qu'il y ait eu une intrigue à ce sijget, cel^ résulte clairement du passage du Journal de Dangeau (15 avril 1691' -^* que nous venons de citer.
* Correspondance génc raie, t. Ill, p. 30G.
^ Lettre du 18 avril 1701. — Madame de Brinon avait été la pre — ■ mière supérieure de Saint-Cyr. Tombée en disgrâce, parce qu'elle n'^ levait pas les demoiselles assez simplement, elle était néanmoins resté -^S^ en correspondance avec madame de Maintenon. Morte au mois d^d^^ mars 1701 .