‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 78 sur 204 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

en jouir que pour la rendre bonne; mais, par malheur, les tiers entrent toujours beaucoup plus en jeu qu'il ne convient ^ »

Que signifie ce verbiage, et qui madame do Monlespan espérait-elle convaincre avec sa fausse bonhomie ? Empire irrésistible de l'âge ! elle avait en ce moment cinquante-huit ans ; et dépossédée, éconduite, tenue à dislance par une volonté silencieuse mais ferme et toutepuissante, elle se plaignait que tout le monde n'eût pas son humeur paisible, ne jouît pas doucement de sa position, et que Tindiscrétion des tiers gâtât tout. Sommes-nous assez loin des jalousies, des emportements que toute la cour avait pu voir, et le moyen de reconnaître celte altière Vasthi ^ qui jadis mettait sa joie à

l. du Louvre, F. 325-3. — Leslettres de madame de Montespan, ^u 19 novembre 1698 et 2 novembre 1699 ont élé publiées par M. La- ^allée, Correspondance générale, t. Ilf, p. 264 et 294. ^E*her, acte I, scène I'«, Esther:

Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce De l'altiére Vaslhi dont j'occupe la place.

Cette tragédie fut jouée à Saint-Gyr le 26 janvier 1689. Des contemporains, madame de Caylus entre autres, y ont vu des allusions qui n'honorent pas Racine, longtemps protégé par madame de Montespan. « La comédie représenloit en quelque sorte la chute de madame de Montes- P^netTélévalion de madame de Maintenon, » dit madame de La Foyelle ^818 ses Mémoires sur les années 1688 et 1689. A cette occasion, des ^6rs circulèrent. Los suivants ont été attribués au baron de Breteuil, conseiller d'État •

^ Racine, cet homme excellent,

Dans l'antiquité si savant, Des Grecs imitant les ouvrages, Nous peint, sous des noms empruntés,

humilier la tendre La Vallière, abreuvait la reicie do Irages publics, voyait à ses pieds les généraux et li ministres, et passait sans pilié par les armes, comn disaient les courtisans, quiconque pouvait prêtera raillerie et amuser le maître? Eh quoi I tant d'hutt lilé après tant d'orgueil ! solliciter la grâce de renir en relation avec madame de Maintenon, être refusé el assurer que Ton est contenle! Plus de dignité a rait mieux convenu, et le -coniraste avec les jeu de triomphe eût ainsi moins éclaié. Est-il nécessai d'ajouter que madame de Montespan était alors po le roi et pour madame de Maintenon comme si e n'eût jamais existé. Sans ses enfants, cause inc< santé de diftîcultés intérieures, en altendant que jour des difficultés politiques fût venu, son règ si éclatant et si bruyant n'aurait pas laissé un sou^

Les plus illustres personnagrs Qu'Apollon ait jamais chantés...

Sous le nom d'Aman le cruel, Louvois est peint au naturel, Et de Vaslhi la décadence Nous retrace un tableau vivant De ce qu'était la cour de France A la chute de Montespan...

Voltaire a dit, de son côté, au sujet d'Esther : « Toute la cour eim des applications, » et, dans ses Mémoires sur la vie de son père, L* Racine ne conteste pas le fait. D'an Ire part, madame de Sévigné, < parle longuement d'^.s7/«er dans ses lettres des 7 et 21 février 1089, dit rien des applications. Il est évident néanmoins (pie, poTir faire sa e à madame de Maintenon, Racine s'est montré ingrat envers niadarac Montespan. Enfin, lesallusions à Louvois prouvent que son crédité alors bien ébranlé, et confirment sur ce point les assoîtions de Saî Simon.

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