‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 8 sur 204 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Saint-Germain TAuxcrrois, à la suite (riin sermon prêché devant le roi par le père Le Bret. Huit jours après, la gazette de Loret contenait les vers, ou plutôt la triste prose qu'on va lire :

« L'adorable de Mortemart, — très-aimable mignonne, car, — c'est une des plus ravissantes, — des plus sages, des plus char- Diantes, ~ de toutes celles de la cour... — fit la quête ce saint joar-là —d'un air si doux et si modeste... — ou, pour parler plus dignement — avec un si noble agrément — que tout chrétien, tant fût-il sage, — étoit charmé de son visage — plutôt angéliciue qu'humain... — Oh! que sa brillante jeunesse — de libertés lut larronesse, — et que ses propos gracieux, — et la douceur de ses beaux yeux, — embellis de clartés divines, — firent d'innocentes rapines, — puisqu'il est vrai qu'au même instant, — cet objet, toujours éclatant, — qui de mille amours est la source, — attaquoit les cœurs et la bourse. »

Celle qui irnspirait de si méchants vers dans un temps où vivaient Corneille, La Fontaine et Molière, Françoise- Athènaïs de Rochechouart était née en 1641, au château de Tonnay-Charente. Elle était fille du duc de Mortemart* et de Diane de Grandseigne, qui aurait voulu 'ui donner, dit madame de Caylus, des principes de

Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, seigneur de Vivonne,

'ïc en 1600. Gentilhomme de la chambre sous Louis XUI, on le voit

^ïï 1641 jouer, d'après les instigations de Richelieu, un rôle dans l'affaire

"^ Cinq-Mars et donner au roi des impressions fâcheuses conlrc le

^»'ori delà veille. [Richelieu, Louis XUI el Cinq-Mars, par M. Avencl;

'^edes questions historiques du 1«"" janvier 1868.) Pair de France

1663, gouverneur de Paris au mois de mars 1G69, époque de la

j^ile laveur de madame de Montespan. Un an auparavant, le

j^^ïnai 1668, Louis XIV lui avait écrit (Œuvres, t. V, p. 425), pour

^e d'inviter son ami le comte d'Alègre à ne pas disposer de sa

piété solides^ Élevée au couvent de Sainle-Marie dans la ville de Saintes, où elle ne reçut, s'il faut en juger par l'orthographe de ses lettres, qu'une instruction assez négligée, elle fut amenée à Paris vers 1660, et ne tarda pas à être attachée comme fille d'honneur à la nouvelle reine, dont on formait la maison. On sait les promptes infidélités du roi. Tout à sa passion pour mademoiselle de La Yallière, il donnait pour elle, à Fontainebleau , à Saint-Germain, à Paris, des carrousels , des fêtes magnifiques , des loteries , et commandait à Benserade ces ballets qu'il aimait à danser avec les plus jolies femmes de la cour. Mademoiselle de Mortemart, qu'on appelait aussi Tonnay-Charente pour la distinguer de ses sœurs*, y avait son rôle marqué. En 1662, elle dansait le ballet de l'ffe/ciUe amoureux, où le roi cumulait les rôles de Mars et du Soleil. Plus tard, en 1663, elle dansa encore dans le Ballet des Arts; puis en 1666 dans la Naissance de Vénus et dans le Ballet des Muses^ avec le roi, Madame, mademoiselle de La Yallière et Tessaim des plus belles.

filln, la plus ricbe héritière de France, qu'il destinait au fils aîné de Colbert, qui l'épousa sept ans après. Mort le 26 décembre 1675. — Voir encore la note n? 5 de la lettre de madame de Montespan au duc de Noailles, fin de 1679, n» 20.

^ Diane de Grandseigne, fille de Jean de MarsiUac, morte à Poitiers, le 11 février 1666.

' \* Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, mariée en 1655 au marquis de Tbianges, morte en 1693; 2» Marie-Christine, religieuse aux Filles Sainte-Marie de Ghaillot, dont on ne sait rien ; 3*> Marie-MaJeleiae de Rochechouart-Mortemart, abbesse de Fontevra'ilt.

GUâPITRE PIlENIER. 5

On vient de voir l'haleine poétique du pauvre Lorel ; Benserade, bien terre à terre encore, et dont d'innocentes allusions et de perpétuels compliments faisaient d'ordinaire le principal mérite, s'élevait de quelques degrés au-dessus. Les vers suivants furent composés, dit Je livret à* Hercule amoureux^ pour mademoiselle de Mortemart, figurant dans la famille impériale ;

Dieux ! à quel comble est-elle parvenue !

Jamais beauté n'eut des progrès si prompts.

Gomme elle y va ! Si cela continue, Je ne sais pas ce que nous deviendrons.

L'aimable fille !

A tous les cœurs elle donne la loi ; Et pour avoir une belle famille,

Voilà de quoi *.

Placée sur un tel théâtre, exposée, dans des rôles et des costumes qui devaient encore rehausser l'éclat de sa beauté, aux regards d'une cour jeune, toute aux plaisirs, et dont la galanterie était loccupation domi* nante, Athénaïs de Mortemart ne tarda pas à donner raison au poète. Recherchée par les plus brillants partis, elle avait dû d'abord être unie au marquis de Noirmoutier a qu'elle aimoit,dit madame de La Fayette, et qui souhaitoit fort de Tépouser * ; » un gentilhomme de sa province l'emporta. Le 28 janvier 1663, entre deux

* Œuvres de Benserade, t. II, passim.

* Histoire de madame Henriette d'Angleterre, édit. Techener, p. 79, — Louis-Alexandre de la Trémoille, marquis de Noirmoulier, né en iQi% était frère de la princesse de Chalais.

ballets pour ainsi dire S elle fut mariée au marquis de Montespan plus jeune qu'elle d'une année ^ Cinq jours après, elle était, suivant un usage du temps, conduite en grande cérémonie par sa famille à Thôtel d'Antin, domicile de l'heureux époux, où Tattendaient, au milieu de leurs amis les plus illustres, princes et princesses, maréchaux de France, gouverneurs de province ^^ tous les Montespan ayant à leur tête, Pardaillan de'Gondrin, cet archevêque de Sens dont le cardinal de Retz a critiqué et dépassé les dérèglements et qui devint avec l'âge un rigide prélat*. L'année suivante (avril 1664), une cérémonie différente nous montre la nouvelle marquise à Saint-Sulpice , où Bossuet prêchait à l'occasion du

* D'après la Muse historique du 20 janvier, elle venait de danser le Ballet des Arts,

* Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, fils de Roger-Hector, marquis d'Antin, et de Marie-Christine Zamet, baronne de Murât. Madame de La Fayette avait-elle été bien renseignée en ce qui concerne le prétendu atlachement de mademoiselle de Tonnay-Charente pour le marquis de Noirmoutier? On verra, à l'Appendice, pièce n° IV, l'acte qui prononça, le 7 juillet 1674, la séparation de corps et de biens entre le marquis et la marquise de Montespan. Or, il en résulte que le père et la mère de Gondrin, marquis de Montespan, n'étaient pas riches, et que mademoiseUe de Tonnay-Charente eut en dot 150,000 livres, sur lesquelles 60,000 livres furent prêtées sur hypothèque le jour du contrat, par le marquis de Montespan, à son père et à sa mère, qui s'engageaient à en payer l'intérêt au denier vingt (cinq pour cent). Cette circonstance n'annoncerait-elle pas un mariage d'inclination?

5 Loret, la Muse historique du 17 février 1663.

* Henri de Gondrin, né en 1620. Coadjuteur à Sens en 1664, auprès de son oncle. Octave de Bellegarde; archevêque en 1646; mort le 20 octobre 1674. — Il y a plusieurs lettres de lui à Colbert sur les affaires de son diocèsC; dans les Mélanges Colbert. Gourville dit qu'il avait beau-

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