‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 81 sur 204 · CHAPITRE .NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE .NEUVIÈME

damedeMontespan, et qui lui donna pendant longtemps (les appuis que son humeur et ses colères finirent par user. Son frère Vivonne, et deux de ses sœurs, madame de Thianges et l'abbcsse de Fontevrault, avaient chacun leur lustre, leur originalité propre, ot demanderaient une étude à part. Enfant d'honneur de Louis XIV, avec qui il avait passé sa première jeunesse, soldat dès qu'il put manier une épée, maréchal de camp à trente ans, acteur dans toutes les expéditions de son temps, commandant des galères dans cette malheureuse affaire de Messine, où l'érudition moderne a prouvé qu'il rendit les plus grands services *, joueur effréné, sceptique et cynique, renommé pour ses saillies, le duc de Vivonne se détache, avec ses qualités et ses vices, du groupe des contemporains. « C'étoit, dit Saint-Simon, l'homme le plus naturellement plaisant, avec le plus d'esprit et de sel et le plus continuellement, dont j'ai ouï faire au roi cent contes meilleurs les uns que les autres, qu'il se plaisoit à raconter. » — « Lui, sa femme, ses trois sœurs et ses filles auroient fourni l'Europe d'esprit, et du ton le plus inimitable*.» Saint-Simon ajoute qu'ils avaient « le "on de dire des choses plaisantes et singulières, ton-

jours neuves, et auxquelles personne, ni eux-mêmes en les disant, ne s'attendoit. »N'en déplaise aux histo- ''lens, nul peut-être, dans cette fournée de maréchaux

* Bisloire de l/mvm, par M. C. Roussct, I. H, cliap. xi, p. 371 et suiv.

* MémoireSy t. VU, p. 9^. — Journal dehangean, notes.

qu'on nomma la monnaie de Turenne^ n'avait, à part le duc de Luxembourg, plus de droits que Vivonne; et si, comme le prétend l'abbé deChoisy, une scène de madame de Montespan^ fut nécessaire pour le faire portei sur la liste, c'est que Louvois préféra laisser TinitiatifC de la nomination au roi. L'envieux Bussy, qui sollicita toute sa vie le bâton de maréchal, et qui si serait contenté, comme d'Aubigné , de l'avoir en ar gent, reconnaît que Vivonne avait de Tesprit et i courage, avec un vilain cœur. Pour la raison, une d ses tantes, la comtesse de Maure , écrivait qu'il èia fort hanneton *. Madame de Sévigné enfin, qui ne 1 ménageait pas (il avait eu quelque affaire à Marseill avec madame de Grignan), et qui l'appelait crumei le gros crevé^ à cause de son embonpoint démesuré, h lit cet étrange panégyrique : « 11 est mort en un m ment, dans un profond sommeil, et, entre nous, aus

• Voici comment elle est racontée par le malin abbé : « Le roi av fait avec Louvois la liste de ceux qu'il devoit honorer du bâton de n réchal de France; il alla ensuite chez madume de Montespan, qui, fouillant dam ses poches, y prit cette liste, et, n'y voyant pas M. de ^ vonne, son frère, se mit dans une colère digne d'elle. Le roi, qui i pouvoit ni n'osoit lui résister en face, balbutia, et dit qu'il falloit do\ que M. de Louvois eût oublié de l'y mettre, a Envovez-le quérir tout l'heure, d lui dit-elle d'un ton impérieux, et le gronda comme il iao On envoya chercher Louvois, et le roi lui ayant dit fort doucement qi sans doute il a voit oublié Vivonne, ce ministre se chargea du paqu et avoua la faute qu il n'avoit pas commise. On mit cette fois Vivoiu sur la liste ; la dame fut apaisée, et se contenta de reprocher à Louve sa négligence dans une affaire qui la touchoit de si près. »

• Madame de Sablée par Victor Cousin, 2" édition, p. 508.

Page 1