‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 82 sur 204 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

pourri de Pâme que du corps. » Les meilleurs juges, louis XIV etBussy, trouvaient au duc de Vivonnc un esprit vif, piquant, original. Lettré d'ailleurs, et. comme madame de Montespan, se plaisant dans la conversation des illustres, surloul de Molière, avec qui il était particulièrement lié. Enfin l'austère Roileau lui écrivait, après les retentissants Iriomphns de Sicile : « Êles-vous encore ce même grand seigneur qui Ycnoit souper chez un misérable poète, et y porterie^vous sans honte vos nouveaux lauriers au second et au troisième étage*? » Le^ satirique avait même enrôlé le gros maréchal sous ses drapeaux dans la guerre des anciens, et il le croyait capable de faire d'excellents vers ; il ne lui manquait que de le vouloir, le même esprit, sauf le ton et les nuances, distinguait la sœur aînée de madame de Montespan. Le poêle de la cour, Bensorade, énumérant en 1667 les beautés ^ la mode, ajoutait :

Thianges nous plait, et la neigo est moins blanche Que n'est son teint, sa gorge et son chignon*,..

« Ange ou Thiange, » dit de son côté La Fontaine, dans le Florentin. Admise par le roi, dans sa jeunesse, aux déjeuners d'hommes, elle n'y était, dit-on, pas irilimidée, et elle garda toujours avec lui, même après la

^OEuvres de Itoileaii, corr(*spon(lancf», 1670.

' Lettre (Je Benuciadc h Biwsy, du 15 septembre, — Correspondance ^Busgy, 1. 1, p. 62. — Je m'arrête là : avec ce» me»sieijr«, on ne i>eiit jamais tout citer.

im MADAME DE MONTESPAN.

disgrâce de sa sœur, son influence et son franc parle Nous ne parlons pas d'une gralification annuelle de nei mille livres K Saint-Simon, qui l'avait connue (ellet mourut qu'en i 693) dit qu'elle avait encore plus d'espi que madame de Monlespan, et plus méchante.— « E cellenle amie, ajoute-t-il, cruelle ennemie, et la pi glorieuse femme du monde '. » La fière devise de maison : « Avant que la mer fust au monde, Rochechom portoit les ondes, » n'était pas faite pour modérer s orgueil. Nous savons par madame de La Fayette qu'e avait paru plaire à Monsieur, frère du roi. « Mais, suivi elle, leur commerce étoit plutôt une confidence lib tine qu'une véritable galanterie ^. » D'après mada de Maintenon, mesdame? de Monlespan et de Thianj se querellaient souvent*; l'abbesse de Fontevra

* Voir notre ouvrage le Gouvernement de Louis XIV ^ pièces justii tives, États de comptant de 1686, p. 275. — Il y avait sans doute a des gratifications accidentelles. C'est ainsi que, le 19 janvier 1 le garde du trésor royal avait reçu l'ordre de payer 3,000 livres marquise de Tliianges. (Archives de l'Empire, Registres du secrétan 25, fol. 143.)

* Suivant madame de Caylus, elle disputait au roi lui-même 1 cienneté de sa maison. « Quant à sa personne, dit-elle, elle se regai comme un chef-d'œuvre de la nature, non tant pour la beauté e rieureque pour la délicatesse des organes qui composoient sa mach et, pour réunir les deux objets de sa lolie, elle s'imaginoit que sa bes et la perfection de son tempérament procédoient de la différence la naissance avoit mise entre elle et le commun des mortels. » [So nirSf p. 70 et 71.)

^ Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, p. 12.

* Correspondance générale, t. Il, p. 188. « Mesdames de Monte et de Thianges ont de la peine S vivre ensemble ; les disputes fréquentes.» (Lettre du 4 juillet 1681.)

Page 1