CHAPITRE NEUVIÈME
nous apprend qu'elle eut aussi fort à se plaindre de la dernière. Ce qui Tétonnait, c'est que c< ce déchaînement eût commencé presque en même temps que sa dévotion.» Triste résultai, suivant elle, de la vie des cours M Nature vive, hardie, alerte, elle avait cette originalité de caractère si fréquente de son temps, si rare depuis, qui donne du relief aux personnages. « Elle no met plus de rouge et cache sa gorge, écrivait madame de Sévigné ; vous aurez de la peine à la reconnoîtro avec ce déguisement. » C'était l'époque où madame de Thianges refusait de boire, comme autrefois, de grands verres de vin de liqueur, gourmandait les laquais de ne pas savoir qu'elle était dévote, essayait, non sans peine, d'épargner son prochain, et, quand il lui arrivait défaillir, s'arrêtait tout à coup en poussant un grand cri*. Cette dévotion n'eut-cllc pas des éclipses? Il faut bien le croire, puisque, au déclin de madame de Montepan, les deux sœurs tentèrent, dit-on, de donner à Louis XIY celte jolie duchesse de Nevers, fille de madame de Thianges, qui, à défatit du roi, se contenta do M. le Prince \ Mais hélas! quelque parfaite que fut ^dmachine^ madame de Thianges vieillit, et de quelle façon! « Elle avoit les yeux fort chassieux, avec du taffetas vert dessus, et une grande bavette de linge qui
* Madame de Sablé, p. 209 el 270, lettres des 19 juin 1674 et 3 jauger 1675.
' Lettre du 5 janvier 1674.
' Souvetiirs de madame de Caylus, p. 74.
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lui prcnoit sous le menton. Dans cet équipage, ellesem* bIoit,à son air et à ses manières, la reine du mAnde,cl tous les soirs, avec sa bavette et son taffetas vert, die se faisoit porter en chaise au haut du petit escalier du roi, enlroit dans ses cabinets, et y étoit avec lui et sa famille, assise dans un iauleuil depuis la fin du souper jusqu'au coucher du roi... » On a reconnu Taulcur da portrait K Mais quel disgracieux pendant à celui de Benseradc, et le fâcheux effet que font cette bavette et ce taffetas vert quand on songe au teint de neige et an blanc chignon des jeunes années I
Rien, hâtons-nous de le dire, dans la vie calme et régu- 1 ière de Tabbesse de Fontevrault, ne fait contraste et n'aitriste Tesprit*. Il y a pourtant dans la jeunesse de celle sympathique religieuse un mystère. Entrée au couvent de TAbbayc-aux-Bois sans vocation et un peu par contrainte, elle n'en voulut ensuite plus sortir. Vainement sa mère essaya-t-elle de la rendre au monde : la douceur, les prières, les promesses, les mariages offerts, loulfut inutile'. Que s'était-il passé dans Tintervalle? Quelque union caressée en rêve était-elle devenue impossible? On l'ignore. Ce que tous ceux qui approchaient l'ab-
* Saint-Simon, Mémoires, t. Vf, p 157.
• Marie-Madelcine-Gabrielle de Rocliccliouart , née en 1045, prit riiabit de religieuse à l'Abbaye-aux-Bois le 10 février 106 i, et y pn»nonça ses vœrx le 1«' mars 1065. Nommée abbesse de Fontevrault le 18 août 1670, elle V mourut le 15 août 1704.
^ Mire circulaire sur la mort de Vnbhesse de Fonfcr aull, «'.itéo pr Victor Cousin dans Madame de Sablé, p. 250, note.