‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 88 sur 204 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

madame de Montespan, le 14 novembre, et je suis si contente du vôtre, que je vous réponds avec une saignée, qui me force, comme vous savez, à garder le lit fort longtemps et qui fera peut-être tort a mon écriture, qui n'en a déjà pas besoin * I » La lettre suivante, malgré certaines obscurités, peint assez bien la situation incertaine, indécise, qu'elle s'était faite.

a Fontevrault, le 14 janvier 1693.

«Ma sœur m'a expliqué tout ce que je n'cntendois pas dans votre lettre; elle m'a aussi montré un passage delà sienne, qui me regarde. Je crois qu'il faut vous remercier d'avoir soutenu la vérité, puisque le contraire vous paroissoit mauvais pour moi. Je vous avoucrsique le même motif qui m'a fait demeurer l'hiver I ici me rend bien indifférent tout ce qîie Ton en peut <lire. Ce sont des matières qu'il ne faut traiter qu'avec soi-même, et ce n'est que par de pareilles sensations que l'on peut juger de quoi l'on est capable. Je me suis fort bien trouvée de cette vie : j'y passe l'hiver aussi doucement que les autres saisons, et il est toujours agréable de se sentir de pareilles ressources. On a, il est vrai, beaucoup plus d'agrémcns à Paris, quand on est assuré de pouvoir s'en passer; aussi j'espère y por- ^r cette agréable disposition après Pâques*... »

* Madame de Montcspan ne disait sur ce dernier point que trop vrai, ^r» sans parler de son orthofçi'aphe, inliniment trop libre, et qui avait ^û bien souvent faire sourire madame de MainUmon, elle écrivait fort mal.

' fiibl. imp. Mss. S. F. 5, 272. Correëiiondance de. Iluel, 1. 1, passim.

182 XiDAXE DE X05TESPà!l.

Coiniiiétit finirèilt ces relations? S*êle\-a-i-il de m Véaui nuages sùÎTis de flroideurs, de Iassitbdé3 Me proquésl On ne sait jusqu'à préseht ^u'uhë dlUâè : ! correspondance de l'cvéque d*Avranchés aVec itiaàkft de Montéspah s^arrêteà Tannée 1693 ; mais, ^^ii AH s'en i*apportér aux lettres de la belle madathéy c% elle qui dut laissei* tomber le volant, ei il est à itMà quer qu'elle n*est pas même nommée dans les H moires de Huet^

tJiie autre correspondance, commencée plus fôl cdiitiiiuéé plus tard, nous montre madame de Mdtltâ pan soiis un aspect différent et plus vrai ; c^ést ëfell que, de 1675 jusqu'à sa mort, elle entretint, {)àr ifiitf valles inégaux, avec celte duchesse de Nôaillë^ ", dori Saint-Siinon à dit « qu'elle goiivérnoit ràarî, etlfalft Tamille, affaires, avec gaieté et liberté d'esprit, cdliuhi i\ elle n^éût jaitiais riéh à faire; noble, magnifique libérale , ne disant pas tout ce qu'elle pensoit^ mai jamais ce qu'elle ne pensoit pas ; nainrelleriient bonrië douce, sans humeur^ franche autant que la coilt* péti lé permettre'. » On n*a, et c'est dommage, aucune dô i*ép6nses dé cette mère infatigable et dévouée (elle avai eu vingl et un enfants), de cette femme de cœur, don

' PëlH'Dahieiiè Hvétii cdmmetUarius de rébus ad eum pertinmi hui; Amsterdam, 1718, traduit par M. C. N isard, sous le titre de U Moire* de Dahiel Huet. i vol. in-18.

^ Marie-Fraticoise de BournoQvillc, iiiariée, le i3àoûli67l) à Ànii Jules, duc et maréchal de Noailles.

* Mémoires, t. Vl, p. 42D.

CHAPITIVË NEUVIÈME. lHr>

reloge satis rcsiriclion devrail bien faire pardonner n Sâint-Siinon quelques appréciations noins flatteuses. Le fils de madame dcMonlcspan, d'Anlin, a, \ ar prudence, toulbrAlé. Mais les lellres de sa inere a niadalne de Noeillcs nous sont parvenues, el elles renrerinenl des détails de caractère et des traits de mœurs curicuxà noter. Nous sortons ici de la fiction, du Imdinage, pour entrer dans le monde réel. Voici d'abord, à la dale du i"'juin 1685, d'assez jolis coups de pinceau sur cette inibrtunée princesse de Montpensier, dont l'odyssée conjugale fut undos divertissements du règne : « 11 Tait aujourd'luii aussi frais qu'au mois de janvier; je vous écris du coin lu feu où je ne laisse pas de geler. J'irai pourtant aujourd'hui à l'aris pour voir Mademoiselle qui ne peut K&gner sur elle d'être à Versailles quand on parh; de noces, et qui ne peut non plus se |)asser des spectacles îueron y voit. Elle est venue déjà pour le doge* et feWendra pour le carrousel ; mais elle a si peur d'y être une minute de plus qu'il faut y envoyer message pour b tenir informée du lemps Ix point nommé. » On

s li une madame de Montespan, vivante, naturelle;

^ langue s'est comme déliée, et Ton croit l'entendre Causer avec une personne de son intimit'. Nous avons parlé d'une grave maladie qui faillit emporl(;r le comte de Vexiti". « Si l'état où jVîtois ciU duré,

* L(î (logo du (iôiiwi, qui îiNaît ù\xi loicôile vnilr à Vciwiillcs j.our ^ ^aireumcuUti liuiiorublc. M iut reçu |»iir UuU XiV Ib i£> mat 10K:> ' Chap. IV, 1». 07.

écrivit-elle alors, je serois devenue folle, car pouvois supporter ce que j'envisageois trèsmenl. Nous en voilà dehors, grâce à Dieu ! Ce ] enfant est tout à fait en sûreté de sa vie ; c'est 1 que je demande, car, pour la durée de sa malc m'en accommoderai fort bien... Il est vrai que , bien touchée de ce gros vilain. Pen suis au dés car j'ai quelque expérience que les véritables am donnent que de la peine. » Ce dernier trait n'est- Tadresse de madame de Maintenon? Une aut (8 juillet 1699) elle dit : « Ma sœur reçoit toujou tendrement tout ce qui lui vient de vous ; elle déterminée à ne point aller à Paris, et je ne c pas sa résolution. Vous savez que j'ai toujoi austère pour les autres, et le temps qui court n propre à me corriger *. »

* Trois mois après, le 21 octobre, madame de Montespan écr au sujet de Tabbesse de Fontevrault, à la duchesse de Noaille avez su que le roi lui avoit offert autrefois Montmartre, poi procher; elle le refusa par scrupule, croyant devoir demeuri étoit engagée. Depuis ce temps-là, sa charge est devenue biei I/édit de quatre-vingt-qjiinze (édit d'avril 1095, en cinquant portant règlement pour la juridiction ecclésiastique) et Ta) font les évêques lui rendent son joug très-diilicile à porlei dant je ne crois pas qu'elle pût se résoudre à le quitter pour être à son aise ; et pour moi, je vous avoue franc! let sa satisfaction prés, pour laquelle je voudrois tout sacrifier, beaucoup mieux à Fontevrault qu'à Montmartre. Quand o bonne foi, on aime mieux être loin que près; et j'ai mênn dans le peu de temps que j'ai été à Paris, tant d'égards etd< à garder, surtout dans les apparences beaucoup plus que dan c|ue la peine passoit beaucoup le plaisir .. »

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