‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 96 sur 204 · CHAPITRE DIXIEME. eOi · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME. eOi

tendre le Père de La Ferlé', qui prêche comme un Bourdaloue et qui ressemble si fort au duc, son frère, qu'on ne se peut empêcher de rire des discours qu'ils tiennent tous deux. Madame de Fontevrault vient aussi. Voilà bien des sermons que j'entends avec celte bonne compagnie qui part dans huit jours pour aller à Bourbon. » Enfin, pendant un séjour à Oiron, madame de Hontespan écrit à une de ses amies, deux ans avant sa mort, une lettre où, parmi des sentiments de la piété la plus exaltée, on lit cette pensée, digne d'un La Rochefoucauld chrétien : « Nous sommes à nous- «îêmes, la plupart du temps, un grand monde, et nous parlons souvent dans notre âme avec une populace ^ombreuse de passions, de désirs, de desseins, d'inclinations... »

iJne distraction restait à madame de Monlespan.

^^^n que retirée du grand courant de Versailles,

^Ue recevait à Saint-Joseph les personnages les plus

^^îisidérables de la cour, et l'on remarquait qu'il n'y

^Vait dans son salon qu'un seul fauteuil, le sien.

^ Toute la France y alloit, dit Saint-Simon, elle parloit

^ chacun comme une reine, et de visites, elle n'en fai-

^oit jamais, pas même à Monsieur, ni à Madame, ni à

\a grande Mademoiselle, ni à F hôtel de Condé. Elle

^nvoyoit, aux occasions, aux gens qu'elle vouloit favo-

* Le Père Louis de La Ferté, second lils du maréchal de ce noui, jésuite. Né en 1659, mort en 1732. Voir Saint-Simon et les Uttres de madame de Sévigné^ t. X^ p. 360, note.

rider ^ et point à tout be qui la Tô^oit. Un air de ghn' deur répandu |)artout chez elle, et dé hotiibrëtix èqdi" pages toujours en désarroi; belle comme le jour jlisqjtt'^lU dernier moment de sa vie, sans être itlaladë et tirojàbi toujours l'être et aller mourir. x> Ces airs de gràndeulr et ces prétentions la Suivaient t)artout. Au dlâteaU d'Oiron, de nombreux portraits d'elle^, de LoubUV, de la famille t*oyale, étaient là pour constater râUiani& efTeclive, à défaut de celle que la loi n'avait pas iùùrsacrée. Il y aVait même àOiron ce qu'oii appelait l9chambre du roij et, dans cette cllambre, uil lit à ten-^ tlires sur Un fond de velours noir. Màdàine de Moii-^ tesjpâil entendait-elle prouver ainsi qUe, depuis k tnOtÉ:^ de la reine, elle se considérait môraleiueht boiUtni^ la femme de Louis XIV? On peut le croire. En-tnëdi^ temps, de nombreux livres de piété disséminés dans 1 plupart des pièces indiquaient assez quelles étaient sëi lectures habiluelles.

Le désarroi des équipages n'était pas, on s'ehdoute.^ un signe de détresse, car, dit roi seul, elle recevaii en^ — core depuis sa retraite, cent mille francs par inoîs*. ïMne faut voir là que le désir de donner davantage.

* Dont deux en Madeleine repentante. L'inventaire des meubles d'Oirot'* ne dit pas de qui ils étaient. (Communication dé k. L Iniberîf d^ Thonars.) Voir à l'Appendice, pièce n" xiîi.

' La somme fut réduite des deux tiers au commencement de 1707, £9cause de la pénurie du Trésor. (Dangeau. 17 janvier 1707.) — c Les pau - — vres y perdront plus quD moi, » aurait-elle dit en apprenant cette ré — duction. —Voir, pour les dépenses de ihadamis dfeMontespan, à l'Appen.— ' picc, pièce n»vn.

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âirb filas dé biëh. Elle avdil peut* directeur le Père de la Tôiir, génêt'al de rOratôiré ^ , qtii avait obléhu de (îelië Siiie sùpëicbé Faclè de soumission auquel elle devait lé plus l'êpligher : une lettre de repentir bicti humble à soh inari, et Poffrë d'aller vivre auprès de lui, s'il daigtidiiy consentir. Mais ce mari, qui TàVail toujours aimée, dit Saint-Slrnon, et qUi l'aimiait encore en mourant ^, irëpoussa flèreitlent Un sacrifice où le cœur* tfélaitpour rien. En 1704, le Père de La Tour fui charge oe là préparer à une triste nouvelle. L*àbbe3Sé dé Fonlevratih, là sœur aiitiablë, la compagne et Tamie dévouée, celle qui avait calmé les grands orages et mesuré la dose des cbhâdlations, venait de moUrlr. Hors d'état de sôiiffrir seule, ne voulant pas revoir en un pareil moinënt des enfants qui lui rappelaient lin passé coupable, « elle fêfUgia sa douleur, dit une coiilempowirie, prèsdii duc et de la duchesse de Lesdiguières'.» C'est évidemment dé cette époque que datent ceis an- Nsses, ces affres dé la mort dont patrie Saint-Simon

dànà ce ciiHeux passage qu'il faut citer à causé dé son

'nuportance^ et de peur, en y touchant, d'en affaiblir 'ex{)fesslon.

«Peu à peu elle en vint à donner presque tout ce

' îl était aussi le directeur de madame ae Caylus. ^aint-Simon dit <iu'ii était suspect de janséuisme.

* Le marquis de Montespau mourut en 4702. Ou lit dans X Histoire e fnadame de Maintenon, par Al. le duc de Noailles, t. 111, p. 57G, que niadame de Montespan prit le deuil à celle occasion.

' Lettre de la marquise d'ÎIuxelles du tiO août 1704. (Note du Jourfiàl de Dangeou.)

qu'elle avoit aux pauvres. Elle travailloit pour eux plu sieurs heures par jour à des ouvrages bas et grossiers, comme des chemises et d'autres besoins semblables, et y faisoit travailler ce qui Tenvironnoit. Sa table, qu'elle avoit aimée avec excès, devint la plus frugale, ses jeûnes fort multipliés, et à toutes les heures du jour, elle quiltoit tout pour aller prier dans son cabinet; ses macérations étoient continuelles; ses chemises et ses draps étoient de toile jaune la plus dure et la plus grossière, mais cachés sous des draps et une chemise ordinaires. Elle portoit sans cesse des bracelets, des jarretières et une ceinture à pointes de fer, qui lui fai: soient souvent des plaies; et sa langue, autrefois si à craindre, avoit aussi sa pénitence. Elle étoit de plus tellement tourmentée des affres de la mort, qu elle payoit i>lusieurs femmes dont l'emploi unique étoit de la veiller. Elle couchoit tous ses rideaux ouverts, avec beaucoup de bougies dans sa chambre , ses veilleusei autour d'elle, qu'à toutes les fois qu'elle se réveilloi elle vouloit trouver causant, jouant ou mangeant, poui se rassurer contre leur assoupissement ^ »

« MifinoireSy t. VI, p. 42. — Madame de Montespan avait passé uii jframlo partie de sa vie dans la compagnie et l'intimilé de Monsieur, ftiàr du roi. Quand il mourut, le 9 juin 1701, frappé d'apoplexie, elle fut viv< ment hupressioimêe, et, prise d'un redoublement de frayeur, elle se m: en ivute : cola l'enn^ôchait sans doute de réfléchir. A ce sujet, madani do Maiutenou éerivit, le 21> juin, à Tabbesse deFontevrault : «J'aibie )>eusé à madame do Montespan en cette occasion, et jenesuis point sui prise quetie coure les champs. Je crois tout ce qu'elle ]>cnse et pa (*ombi(Mi d'endroits elle est touchée. » {Correspondance gétiéralet t, %^

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