CHAPITRE DIXIÈME
On pense, malgré soi, en lisant cette page, à ce couvent du faubourg Saint-Jacques où une autre femme expiait à la même heure, les mêmes erreurs, par des macérations et des cilices plus terribles encore. On se rappelle cette visite aux Carmélites dont madame tie Sévigné nous a conservé les vivants détails ; ces allusions au frère de Monsieur, les modestes réponses desœur Louise, et, après cela, l'appétit singulier avec lequel la beauté alors triomphante mangea, en présence des religieuses ébahies, la sauce préparée de ses belles mains. Trente années s'étaient passées depuis lors, et, à la suite des plus tristes mécomptes, le temps, ce ni- I veleur infatigable, avait tout égalisé.
Au mois de mai 1707, madame de Montespan partit pour les eaux de Bourbon. Sans être malade, elle avait 'e pressentiment d'une fin prochaine, et dans cette prévision, elle avait payé deux ans d'avance toutes les pensions qu elle faisait et doublé ses aumônes. Une ûuit, elle se trouva mal, et, en Tabsence d'un médecin, 'a maréchale de CœuvresS qui l'avait accompagnée, lui fit prendre une trop forte dose d'émétique qui l'emporta. Ce dernier moment si appréhendé, si effrayant, était donc arrivé; mais, transforjnation imprévue ! dès qu'elle se vit en face de la mort, elle n'en eut plus peur. Nous avons sur ce point le témoignage uniforme de
* Une des filles de la maréchale de Noailles (Lucie-Félicité), mariée le ^janvier 1698 à Victor-Marie, comte d'EsU'ées, maréchal de Cœuvres ; '^orte le 11 janvier 1745, âgée de 62 ans.
200 MADAME DE MOfiîESPAN.
Saint-Simon cl de madame de Maintenou, plus souitenl d'accord qu'on necroit, surtout dans l'appréciation morale de Tépoque. Profitant d'une heure de lucidité, ellese confessa, fit appeler tous ses domestiques, demanda [MUTdoii des scandales qu'elle avait causés, de ses emportements, et reçut les sacrements avec une extrême ibnreur. « Elle remercia Dieu en présence de tout le monde, dit Saint-Simon, de ce qu'il permettoit qu'elle mourût dans un lieu où elle étoit éloignée des enfans de son péché] et n'en parla durant sa maladie que cette fois. » Son fik d'Antin était auprès de Monseigneur, à LiVry; à la pre mière nouvelle, il partit, et Ton sut bientôt, par ai courrier de lui, que sa mère était à toute extrémité.EIk mourut en effet le 27 mai, au milieu de la nuit. Le comt( de Toulouse, qui l'aimait tendrement, avait été auto risé à l'aller voir; mais il apprit à Montargis qu'elle n'était plus, rebroussa chemin, et alla s'enfermer à Ram bouillet. C'est par madame de Maintenon que nousavoD! les détails les plus authentiques sur cette mort, qui réveillait tant de souvenirs. En l'apprenant, elle se i^éfU' gia dans un cabinet où la duchesse de Bourgogne qui ï] isuivil, la trouva tout en larmes. «M. D'Antin, écrit-elle J ia princesse des Ursins, m'a conté la mort demadaraed^ Montespan. 11 a été auprès d'elle les trois derniers jouri de sa vie; elle a été aussi tranquille qu'elle a été agile* sur la mort, dont on n'osoit parler devant elle, quanc elle se portoit bien^ Elle n'a pas dit un mot de qui qu<
^ M. Suiiilc-Beu\e a fail , à cette occasion, l'observalioii suivaûW