‹ Madame de PompadourChapitre 11 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Voilà le point de départ du rêve de mademoiselle Poisson : il commence à la prophétie de la bohémienne posée au seuil de sa vie comme au seuil d'un roman. Dès lors la bonne aventure de la Lebon s*empare d'elle : et elle a beau sourire, ce n'est point en badinant qu'elle dit, une fois mariée, « qu'il n'y a que le Roi au monde qui puisse la rendre infidèle à son mari ».

Dès lors toute la vie de madame d'Étiolés se tourne à être vue, à être remarquée du Roi. Elle met à cette poursuite d'un regard de Louis XY le travail de toutes ses idées, son temps sans le compter ; elle y consacre toute la liberté et toutes les facilités que lui laisse un mari asservi à ses caprices, soumis à ses moindres volontés. D'Étiolés, elle se jette à la rencontre du Roi dans cette forêt de Senart, rendez-vous des chasses royales; elle s'expose à sa curiosité, elle la tente, dans le plus coquet costume ; elle agite à ses yeux cet éventail sur lequel, dit-on, un émule de Massé avait peint Henri lY aux pieds de Gabrielle (i). Elle passe et repasse au milieu des chevaux, des chiens, de l'escorte du Roi, comme une Diane légère et provocante, tantôt vêtue d'azur dans un phaéton couleur de rose, tantôt vêtue de rose dans un phaéton d'azur.

Le Roi la regardait, la remarquait et prenait à ce joli manège un plaisir dont la cour causait.

Un jour même que la duchesse de Ghevreuse (2)

(1) Letpiom américain, ou Lettre Illmoiset, Londres, 1766.

(t) Madjune de Chevreosa, qae madame de Pompadonr qualifiait dans

parlait au Roi de la petite d'Étiolés, la duchesse de Châteauroux s'approchait d'elle sans bruit et lui appuyait avec tant de force le talon sur le pied, que madame de Chevreuse se trouvait mal. Et le lendemain, madame de Châteauroux, dans la visite d'excuse qu'elle lui rendait, laissait tomber d'un air négligent : « Savez-vous bien qu'on parle en ce moment de donner au Roi la petite d'Étiolés, et qu'on n'en cherche plus que les moyens (1)? » Madame de Châteauroux ne s'en tenait pas là : elle faisait signifier à madame d'Étiolés de ne plus reparaître aux chasses du Roi. Madame d'Étiolés se résignait à attendre la mort de madame de Châteauroux pour oser de nouvelles tentatives.

Le grand bal masqué du dimanche gras (28 février 1745) donné à l'Hôtel de Ville pour le mariage du Dauphin avec l'infante d'Espagne Marie-Thérèse fournissait l'occasion à madame d'Étiolés d'approcher le Roi. Louis XV était attaqué par un masque charmant qui le lutinait de mille agaceries et de mille jolis propos. Sur les instances du Roi, le domino consentait à soulever son masque, et le mou choir que laissait, comme par mégarde, tomber madame d'Étiolés, était ramassé par Louis XV et

une lettre à madame de Latzelbourg, « de très-bonne femme et de mes amies depuis que je suis au monde », obtint, par le crédit de la favorite, la survivance de la charge de dame d'honneur qu'exerçait la duchesse de Luynes, sa belle-mère, près de la Reine, et Tannée •uivante la pension de survivancièr^ (1) Mémoires du maréchal duc de Richeliey., Buisson, 1793. T, VU.

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