‹ Madame de PompadourChapitre 101 sur 205 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

lâcher sur le Roi , et il la préparait, disait-on, à la succession de madame de Pompadour par ce billet que surprenait un certain d'Arboulin à la dévotion de la marquise : « L'indécis est enfin décidé. Le garde des sceaux est renvoyé. Vous allez revenir, ma chère comtesse , et nous serons les maîtres du tripot (1). »

Aussi , quand l'abbé de Bernis , dépêché à ce moment par madame de Pompadour vers M. d'Argenson pour traiter d'une réconciliation , en revenait avec un refus, tous jugèrent que cela allait être entre la favorite et le ministre une dernière passe , un combat à mort. Le lendemain de la réponse de d'Argenson , la marquise demandait sa chaise , et au grand étonnement de ses gens , elle se faisait conduire chez lui. Elle rentrait chez elle fort rêveuse; et les yeux au plafond , son manteau au dos , ses mains dans son manchon , elle restait si longtemps debout devant la cheminée , absorbée dans ses pensées , que Bernis lui disait : « Vous avez l'air d'un mouton qui rêve. — C*est un loup qui fait 7*êver le niouton, » lui répondait madame de Pompadour (2). Quelques jours après l'assassinat du Roi, madame de Pompadour avait envoyé chercher Janelle , intendant des postes, pour lui recommander de Soustraire dans les extraits de lettres qu'il porterait lu Roi tout ce qui ferait allusion à l'attentat. Janelle promettait de se conformer au désir de la mar*

(1) Mémoires de madame du Hausset

(2) Ibid.

tbt MADAME DE POMPADOUK.

quisc (i) ; mais il n*o$ait en faire un secret à d'Àrgcnson qui entrait dans la plus violente colère et le menaçait de le mettre à la Bastille s'il prenait les ordres de madame de Pompadour. C'était cette explosion et ces menaces du ministre qui avaient décidé la marquise à l'entrevue dont elle sortait é soucieuse (2) et que Besenval rapporte ainsi :

Madame de Pompadour. Je suis surprise, M<mieurj de l'ordre que vous avez donné à Janelle. JenepÀ concevoir quelles sont les raisons qui peuvent vous déUrminer à vouloir remettre sous les yeux du Roi un êvéR^ ment dont le souvenir est pénible pour lui. Ce n'est po sans avoir pris l'avis de tous les ministres que je me sm décidée à parler à Janelle.

(1) Janelle était hostile à d'Argenson ; en effet, il n*ignonit pu que le ministre, tout en se donnant Vair de s'intéresser à lui, avût agi pour M. de Mauregard, le protégé do la comtesse d'Estrades, et,lonqoe, nommé depuis trois mois par le Roi qui lui avait ordonné le secret, Jtuelle avait été présenté par d'Argenson, un sourire ironique de LoaiiXT à son ministre avait confirmé l'intendant des postes dans ses soupçon»

(2) « En satisfaisant son ressentiment (le renvoi de Machault), fit le président llénault, madame de Pompadour sentoit qu'elle perdôtli seul homme qui eût sa confiance ; qu'elle alloit se trouver seule u milieu de la cour, et qu'elle rssteroit dans la dépendance d'oa loa» tro qui avait de justes sujets de s'en plaindre par la préférence tpCéIt avoit donnée, sans ménagement, à son rival. Il falloit donc s'eonf* prêcher. Elle voulut avoir une conversation avec loi pour s'assBrtrli ses dispositions, c'étoit une avance bien marquée de sa part; el^potfO diminuer la bonté, elle put prendre un ton qui put cacher la méllnM qu'elle avoit de son crédit. M. d'Argenson, au lieu de se prêter à » foiblesse, prit un ton plus haut encore. Que n'attendoit-il révéaMMit afin de s'assurer de ce qui se passoit dans le cœur du Roi ? Ou mtiha? de Pompadour se seroit retirée de la cour, ou le Roi l'auroit gardée; dans les deux cas, ou il devenoit le maître, ou il auroit partagé le confiance du Roi avec elle ; sa hauteur l'emporta sur la pnideiM8i it les avances de madame de Pompadour le confirmèrent dana la peitfêei qui à la vérité, étoir celle de tout le monde, qu'elle tottchoit à la fia'*

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