CHAPITRE DOUZIEME
.position qu'il faisait, sous le manteau, à la cour et i madame de Pompadour dans la continuation du journal de Bachaumont, ajoutait encore à son influence. Mais ce magistrat, le président de Meinières, était père. Il avait un fils pour lequel il avait demandé au Roi, en 1755, Tagrément d'une charge au Grand-Conseil. Cet agrément lui avait été refusé. Il se rejetait sur une place d'enseigne aux gardes qu'il n'obtenait pas davantage. Cependant des amis qui s'intéressaient aux ennuis du père et à la carrière du fils, M. de Biron, la comtesse de Montesquieu, madame duRoure, l'abbé Baile, essayaient un rapprochement entre madame de Pompadour et le président. Après plusieurs tentatives, et plusieurs conférences de Bernis avec M. de Mei- BÎères à l'hôtel de Belle-Isle , madame de Pompadour se rendait aux sollicitations des amis du président. En femme intelligente, elle voulait user de roccasion , tenter ce magistrat dont elle tenait le fils entre ses mains, et, en gagnant la reconnaissance du père, séduire sa conscience, et amener le parlementaire à être entre la cour et son corps l'intermédiaire d'une pacification.
Madame de Montesquiou disait au président de Meinières de se rendre à Versailles le 26 janvier 1757, à six heures, et de demander Gourbillon, valet de chambre. Le 26, le président se rendait à Versailles, demandait Gourbillon qui l'introduisait chez madame de Pompadour.
Madame de Pompadour était seule Mais lais-
sons-la peindre au président lui-môme : « Seule
debout auprès du feu, elle me regarda de la tèti
aux pieds avec une hauteur qui me restera, toute m
vie, gravée dans Tesprit, la teste sur Tépaule sao
faire de révérence et me mesurant de la façon d
monde la plus imposante. » Après ce regard eto
accueil, la marquise disait d'un ton colère à so
valet de chambre indécis sur le siège qu*il deva
donner au président : « Tirez une chaise »; eil
deux interlocuteurs assis Tun en face de Tautr
genoux contre genoux, la conférence commençt
avec un peu de tremblement dans la voix mal assi
rée du parlementaire qui se mourait de timidité
de peur. M. de Meinières assurait madame dePoi
padour de son profond respect, du désir qu'il avi
de la convaincre qu'il était étranger à toutes les i
trigues et toutes les cabales dont on l'accusait, '
Tcspérance qu'il avait que cette conviction acqui
par la marquise, sa bonté, son humanité, son i
clination naturelle à venir au secours des malhe
roux, la porteraient à lui accorder sa protection a
près du Roi pour obtenir à son fils l'agrément d'v
place de cornette dans un régiment de cavalerie <
d'enseigne dans le régiment des gardes. Et il ftn
sait en se plaignant de l'exclusion donnée à son f
à cause de lui, sans qu'il pût savoir quel était s
crime.
Alors la marquise, qui n'avait jusque-là don signe de vie que par une petite inclination ducoT] lorsque le président lui avait parlé de son pendu