CHAPITRE PREMIER
lancé à la belle fuyarde, au bruit de ce mot de la salle : Le mouchoir est jeté (1).
A quelques jours de là, s'il faut en croire les biographes du temps, un soir, en se mettant au lit, le Roi s'ouvrait à Binet sur les dégoûts qu'il éprouvait de ses amours sans lendemain, sur la lassitude des femmes de passage et des liaisons de caprice. Il lui confiait ses répugnances pour madame de la Popelinière, que soutenait et poussait Richelieu, et pour la duchesse de Rochechouart, depuis la comtesse de Brionne, qu'une intrigue de cour voulait lui donner, et dont les méchantes langues de la cour disaient en plaisantant qu'elle était comme les chevaux de la petite écurie : toujours présentés, jamais acceptés (2), Binet, qui était parent de madame d'Étiolés, parlait alors au Roi d'une personne qui ne pouvait manquer de lui plaire, et qui avait nourri dès l'enfance les sentiments les plus tendres pour le Roi de France. Binet rappelait à Louis XV la femme de la
forêt de Senart, la femme du bal masqué Et, la
première semaine d'avril, à la comédie italienne qui était donnée à Versailles, la cour voyait ma-, dame d'Étiolés dans une loge près du théâtre et fort en vue de la loge grillée du Roi (3).
Les jours suivants, on remarquait que le Roi soupait dans ses cabinets sans appeler personne, et la croyance de tout Versailles était que Louis XV souci) Vie privée de Louis XV, Londres, 1785. T. II. (?) Jbid.
(?) Mémoires du duc de Luynes, t. VI.
tO MADAME DE POMPADOUR.
pait avec madame d'Étiolés. Elle y soupa au moins une fois, une fois où elle s'abandonna à Louis XV (1).
Cependant il y eut au début de cette liaison, de la part du Roi, comme un enrayement, un temps d'arrêt, presque une mise en garde contre sa passion : pendant quelques jours, Louis XV restait sourd aux allusions, aux invites de Binet et de Bridge (2), l'un de ses écuyers, ami tout dévoué de madame d'Étiolés et poussant à sa fortune.
D'un autre côté, l'intrigue nouée par Binet, de concert avec madame de Tencin, l'intrigante infatigable, qui cette fois pontait dans le jeu et les chances de madame d'Étiolés, n'avait point été sans s'ébruiter. Boyer, l'évêque de Mirepoix, le précepteur du Dauphin, en était instruit. Le jésuite, déjà livré tout vif par madame de Châteauroux aux sarcasmes de Voltaire, s'élevait tout haut contre le mauvais exemple que donnerait la déclaration d'une maîtresse accusée d'irréligion et dont la jeunesse s'était passée dans la société de Fontenelle, de Maupertuis, de Voltaire. Boyer mandait même Binet devant lui et le menaçait de le faire chasser par le Dauphin (3). Binet, en vrai fourbe, parlait de
{l) Mémoires du maréchal duc de Richelieu, t. Vni.
(2) M. de Bridge, surnommé le bel homme, passait pour Tamant de madame de Pompadour. Un jour Louis XV lui disait, plaidant le faux pour savoir le vrai : » Convenez-en avec mol, vous avez été son amant, elle me Va avoué et j'exige cette preuve de votre sincérité ! n Bridge répondait que madame de Pompadour était la maîtresse de dire ce que bon lui semblait pour s*arauser, mais qu'il n'avait jamais été el n'était que son ami.
(3) Mémoires du maréchal duc de Richelieu^ t. VIII.
CHAPITRS PREMIER. ri
ition qu'il éprouvait des bruits courant sur )mpte, affirmait que les calomnies répandues ) madame d'Élioles étaient affreuses, dédale sa parente n'était venue à la cour que pour ter une place de fermier général et que , t obtenue, elle ne reparaîtrait plus à Versailles, a dit et juré à Tévêque de Mi repoix, et à d'auersonnes de la cour (1), il continuait près du m travail souterrain de Bonneau. îte d'autorité de révoque de Mirepoix poussait niliers du Roi hostiles au parti dévot à s'emer tout à fait dans raventure de madame d*É- Ils animaient Louis XV par leurs propos, emarques, les excitations qu'ils donnaient à son il. Ils lui montraient Taffectation de la jeune une à ne plus paraître dans les petits apparits, par suite des jugements peu décents 3 entendait chez son mari sur la conduite i. Ils l'irritaient (2) contre le blâme et l'injure te abstention, et lui représentaient la faiblesse ^ aurait de sa part à céder aux intrigues du )teur de son fils, aux leçons des siens.
moires du duc de Luynes, t. VI.
nonce du pape, Durini, écrit à la date du 26 avril 1745 : 3 agitation à la cour parce que le Roi, plein d'un amour fou dame d'Étiolés, fait mauvaise mine à tous ceux qu'il soup- I condamner sa passion, » et il ajoute : u II a fait défendre au lari de n'avoir plus aucun rapport avec sa femme. » Lettere di !o Durini, nrchivescovo di Jiodi, nunzio apostolico in Parigi, al Valenti, segi^etario di stato per Benedetto XIV. Curiosità storiplomeUiche del secolo decimottavo publicate da Calvi. Milano,
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