CHAPITRE T^E ZIÈME. CSS
le roi de Prusse par l'Elbe et l'Oder. Les Français et les impériaux devaient se porter sur Magdebourg, les Suédois et les Russes sur Stettin. Les approvisionnements se feraient sur la Meuse , le Rhin , le Weser. Ce plan, promettant de magnifiques résultats , Duverney désignait pour le commandement le vainqueur de Minorque, le maréchal de Richelieu, qui, afin de se concilier madame de Pompadour, proposait de mettre sous les ordres du prince de Soubise 35,000 hommes à la tête desquels le prince entrerait en Saxe , l'enlèverait au Roi de Prusse , et se ferait le plus grand honneur.
Cette oflre décidait un nouveau rapatriage[\) entre la favorite et le maréchal, et aux conditions de publicité que voulait le maréchal. A Ghoisy, pendant le café , comme le Roi était debout environné de la cour, Richelieu se présentait devant madame de Pompadour. Stainville allait causer un moment avec elle; puis, prenant parla main le maréchal, il l'amenait à la favorite (2).
Le bruit de ce raccommodement, les comités secrets, les mouvements du maréchal de Richelieu, les déclamations plus hardies de la comtesse de Mar-
(1) Madame de Pompadoar s'était f&chée presque ostensiblement avec Richelieu à la saite de la tentative d'assassinat de Damiens et de l'alitement du Roi, pendant lequel elle se plaignait de n'avoir pas troiéVé chex le duc, faisant les fonctions de premier gentilhomme de la chambre, les égards qui lui étaient dus.
(2) Aussitôt la réconciliation, Richelieu était, de nouveau, brouillé avec la marquise; et quand il était déclaré général de la grande armée, il était presque impossible de lui faire céder à SÔubite un teuJ Tieax régiment, {àtémoirei inéditM du cardinal de Btmi»,)
san, les indiscrétions, Tair de la cour, tout aTertissait la maréchale d'Estrées de la résolution prise, da commandement promis, du rappel prochain de son mari.
Furieuse de dépit et de ressentiment, osant Tinjure, le sarcasme, Tinsolence contre la favorite, elle allait jusqu'à se glisser chez les maîtresses secrètes du Parc aux Cerfs , elle cherchait à les attacher à si haine , à les intéresser et à les faire travailler au renvoi de madame de Pompadour ; et le Roi était tout étonné d'entendre la petite Morfil lui dire un jour d'un ton moqueur: «Mais à quel terme en êtesvous donc avec votre fameuse vieille? » Le Roi, plein de colère , voulait savoir qui lui avait mis ce mot dans la bouche. Morfil pleurait, et lui nommait li maréchale d'Estrées dont elle recevait de fréquentes visites. Ce misérable incident décidait le commandement de Richelieu, il amenait le rappel de d'Estrées; et, si le maréchal de Belle-Isle , soupçonnant le dessous du jeu, n'avait écrit à d'Estrées de se presser pour avoir l'honneur de la campagne, si le maréchal de Richelieu ne s'était arrêté à Strasbourg, pour attendre et fêter la duchesse de Lauraguais de retour des eaux, Richelieu enlevait à d'Estrées la victoire d'Hasiembeck, qui ne précéda que de quelques jours son arrivée (1).
(1) Mi-inoircs du luavéchal duc du Richelieu. Buisson. 1793, vol. IX- "^ Mcmoirrs histiniqurs cl anonlotfs de la cour de France pendant lu /iit^ de iitdddhie de Pom/unhmr. Paris. Ik'rtran«l. 1802. — Mémoires secrets sf^ les rcf/nes de Louis X/V et de Louis X\\ par t'c\i Duclos. Buisson, 1*^^' vol. II. — Mémoires du baron de Besenval. Baudouio frères, 1821. t- *