CHAPITRE TREIZIÈME
faire sentir qu'il était impossible d'espérer une plus heureuse issue de la campagne prochaine que de la précédente. Je lui représentai que nous n'avions rien encore perdu dans la guerre maritime; que Ifinorque servirait à la restitution de Louisbourg, s*il était pris, mais qu'à la longue il ét:iit impossible que les Anglais , supérieurs en forces maritimes, ne vinssent à bout de nous enlever nos colonies, source et fondement de notre commerce extérieur; qu'il ii*était pas dans la puissance de nos alliés de nous dédommager de cette perte ; que la capitulation de Gloster et ses suites avaient changé la scène; que M. le prince Ferdinand rendrait l'armée des alliés plus formidable qu'elle n'avait jamais été jusqu'alors ; que M. Pitt, successeur de Fox, avait senti, élant devenu ministre, l'importance pour l'Angleterre d'empêcher que la balance du continent ne penchât de notre côté, parce que l'intérêt de la terre l'emporte sur l'intérêt maritime ; que nous n'avions point de généraux et que la finance ne pouvait plus porter le poids des dépenses ; que dans cet état il y aurait de la folte à continuer une guerre ruineuse; quô nous devions nous occuper sérieusement de la paix de concert avec nos alliés ; que la Suède et la Russie s'y porteraient aisément ainsi que la Saxe et l'Empire ; qu'il fallait attendre qu'il arrivât quelque disgrâce à la cour de Vienne, déterminée à continuer la guerre pour la faire entrer dans nos vues ; que, par rapport à notre guerre maritime, j'avais déjà préparé la cour de Madrid à se prêter pour médiatrice et à faire raspec-
«96 MADAMK DE POMPàDOUR.
1er sa médiation par raugmentation de ses forces de terre et de mer ; que la reine d'Espagne, si opposée à entrer dans nos querelles, commençait à sentir l'onibien il importait que nos colonies ne tombassent pas dans les mains de TAngleterre, et combien le rùle que nous voulions faire jouer à l'Espagne était iKjuorable pour elle. J'ajoutai à ces considérations celle-ci encore plus importante : c'est que la cour de Vienne ne peut nous dédommager de la perte de nos colonies et de notre commerce, source abondante de richesses de la France; que si, pour son intérêt particulier, elle persistait à vouloir nous ruiner, nous ne devions compter ni sur son amitié, ni sur la fidélité de son alliance, parce que, si ses sentiments à notre égard étaient sincères, elle était presque aussi intéressée à la conservation de la puissance de la France, puisque c'était sa plus grande ressource, au moins pendant la vie du roi de Prusse, et qu'ainsi l'obstination qu'elle pourrait montrer à la continuation de la guerre ne mériterait de notre part (juc des ménagements politiques, et que le Roi (levait toute préférence à son royaume sur ses alliés.
« Ces considérations ne persuadèrent pas madame de Pompadour qui voyait, en enfant, les affaires de l'État; mais elle n'eut pas de bonnes raisons à opposer (1). »
La paix ! c'était en effet la ruine de l'œuvre de ma-
(1) Mémoires inédits du cardinal de Demis