CHAPITRE TREIZIEME
dame de Pompadour, la condamnation solennelle de son système, une humiliation éclatante de son orgueil. L'alliance avec l'Autriche n'était point en effet une politique accueillie, protégée 'et adoptée par elle ; elle était, à ses yeux, une politique imaginée par elle , animée par elle , émanée d'elle , une idée qui lui était personnelle, un plan qui lui appartenait en propre. Fallait-il donc céder aux mauvaises chances du moment, et leur sacrifier les espérances de l'avenir, la fortune que la France avait le droit d'attendre et d'invoquer en d'autres rencontres ? Les exemples de l'histoire n'étaient-ils pas là pour engager à surmonter le présent et à persévérer dans la lutte ? Ne montrait-elle pas à toutes ses pages une victoire soudaine réparant tous les malheurs, effaçant une suite de désastres? Le triomphateur du jour, Frédéric lui-même, n'était-il pas le mémorable modèle de cette patience qui lasse le$ revers, et de cet entêtement à vaincre qui venait de le sauver en un jour d'une position désespérée? Et n'y avait-il plus dans la monarchie le cœur opiniâtre d'un Louis XIV, marchant avec le drapeau de la France contre le vent des destins?
Ainsi raisonnait et s'exaltait madame de Pompadour, enivrée et comme soulevée au-dessus d'ellemême et du niveau de son âme par la grandeur des intérêts et l'imprévu des hasards de la politique et de la guerre.
Et elle écrivait à Kaunitz, le 17 décembre 1757 : •< ... Je hah k vainqueur plus que je nay jamais
298 MADAME DE POMPADOUB.
fait.,, prenons de bonnes mesures, 'pulvérisons r Attila (lu Nord, et vous me vetTez aussi contente quejesttisà lurrhnute humour M). »
Et elle écrivait encore à Kaunitz à quatre jours de là :
<(. Je suis bien fâchée, monsieur le comte, d'avoir deux complijnoits à vous faire. Il m'eût été bien doux à n avoir à vous parler que de ma joie de l'heureux événement du 22 (victoire des Autrichiens à Breslau); ce% du W de ce mois (défaite de Lissa) en la diminuant beaucoup naffoihlit pas mon courage; toute âme élevée «e roidit contre le malheur et n'en est que plus animée à chercher les moyens de le 7'éparer, Telle est ma faconde penser, monsieur le comte , fespèy^e que vous y recm- 7\<)Urés l'original du pof'trait que vous recevrés incessammentctquilvDUs remett?^a ma fidèle et sincè7^eamitié(î).T»
La favorite se raidissait dans une obstination presque cornélienne que soutenaient sa mémoire et l'héroïsme sonore des vers de tragédie. Avec Taveuglemcnt et la volonté intempérante de son sexe, elle voulait ne s'arrêter qu'à l'extrémité des choses; etil lui semblait naturel de trouver autour d'elle et dans la France la persistance de résolution , Teffort continu , le courage désespéré , que lui avait demandés si souvent le maintien de sa faveur. Puis , quel moment pour céder ! le moment où ropinion se déchaînait contre elle, où l'émeute des libelles et
(1) Maria Theresia, 175G-1758, par Arneth. Note 423.
(2) Ibid,