CHAPITRE TREIZIÈME
les revers devait rétrograder infailliblement derrière le Rhin; et l'Impératrice, à laquelle la pénurie de nos finances ne permettait plus de payer les subsides ^nvenus , ne pouvait plus agir qu'avec des moyens incapables d'amener un résultat. Bernis terminait m disant qu'il ne restait qu'un parti à prendre : mgager l'Espagne à une médiation armée. Il était ippuyé par le conseil et le Dauphin qui emportaient le consentement du Roi, venu, à ce qu'il semblait» le Tappartement de madame de Pompadeur au Conseil avec d'autres idées et les entêtements de la ravorite. Le comte de Bernis était autorisé à négocier lur ce plan avec la cour de Vienne.
Cette démarche de Bernis sembla à la favorite une iéclaration de guerre. Elle fut étonnée, stupéfaite, le cet acte de caractère dont le ministre l'avait medacée sans qu'elle y ajoutât foi ; elle fut blessée au sœur par l'audace et l'éclat d'indépendance d'un bomme dont elle ne voulait pas oublier la première posture auprès d'elle, et dans lequel elle croyait trouver jusqu'au bout une créature et un commis le ses volontés. A ce ressentiment se joignait, chez madame de Pompadour,*la jalousie de la place que Bernis avait prise dans l'amitié particulière du Roi» depuis la tentative d'assassinat de Damiens, la jalousie de l'importance qu'il avait acquise, de l'initiative qu'il avait fait paraître dans sa place. Elle ne lui pardonnait ni les réformes dont il avait eu l'idée et le courage dans la dépense de la maison royale, ni ce plan de ministère, où Bernis, dans la situation
difflcile de la France, voulait grouper les capacitis^ les intelligences fortes, Ghauvelin, le comte de Maurcpas, le duc de Nivernois , son parent, non point, comme quelques-uns Tinsmuaient à madame de Pompadour, pour jeter à bas ses appuis et là inverser, mais pour donnera la direction des itfaires une autorité vigoureuse , et servir au besoin les intérêts de la France contre les passions deb favorite (1).
Ces dispositions de madame de Pompadour parvenaient à la connaissance de M. de Stainville, notre ambassadeur à Vienne, et le faisaient aussitôt chaih ger de conduite. Tant qu'il avait reconnu dans les instructions de Bernis Tinspiration de madame de Pompadour, il les avait exactement suivies; mais, dès qu'il eut appris le dissentiment entre la bvorite et le ministre, dès qu'il put supposer par les lettres de madame de Pompadour que Bernis avait perda Tamitié de la femme, il quitta secrètement le parti et le service du ministre pour les idées de la fàTOrite. Bien qu'il eût négocié la paix et envoyé le consentement de llmpératrice, il s'autorisait des regrets que rimpératricc éprouvaitde cette reculade, de rhumiliation que madame de Pompadour en res* sentait, pour appuyer à Vienne et à Versailles, auprès de Marie-Thérèse et auprès de la favorite, sur le découragement trop prompt et trop facile de
(1) Mémoires secrets sur les rèanes de Louis XIV et de Lmu XY, P*
feu M. Duclos.