‹ Madame de PompadourChapitre 126 sur 205 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

l'abbé de Bernis. Il soutenait, contre ses alarmes, que rien n'était désespéré, que tout pouvait encore 86 réparer , et devait se relever. En même temps qu'il établissait ainsi l'avenir de sa fortune en flattant et en ranimant les espérances vaincues, mais toujours vives et insoumises, de l'Impératrice et de la maîtresse, Stainville, par une manœuvre infiniment habile , poussait la négociation du chapeau de cardinal pour Bernis.

Le cardinalat donnant les prééminences de preniier ministre , l'ambassadeur savait par là réparer la chute de Bernis , en mettant le Roi en garde contre lui, en rappelant dans l'esprit du maître ces ombrages contre un cardinal ministre qu'y avait semés le cardinal de Fleury lui-môme, ombrages paissants , invincibles chez Louis XV , qui avaient écarté le cardinal de Tencin du pouvoir, et qui de- Taient, selon toute prévision, en faire descendre le cardinal de Bernis.

Mais déjà le ministre chancelait. Reprenant coufuge aux encouragements de Stainville, madame de Pompadour conquérait la volonté du Roi , et faisait revenir Louis XV au parti qu'il n'avait abandonné qu'à regret, au parti de la continuation de la guerre. Sur ce changement du Roi, sur cette victoire de la favorite, Bernis jugeait que ses devoirs étaient finis. Il offrait la démission de son département qui serait, disait-il, plus convenablement placé entre les mains du comte de Stainville, puisque M. de Stainville voyait les moyens de relever les aifaires. Après

(les pourparlers, (les allées, des venues , toutes les j)etilcs fausse lés réciproques qui accompagnent d'ordinaire ces sortes d^accommodements , il fut convenu que Bcrnis, auquel le chapeau venait d'arriver (1 ), agirait de concert avec le nouveau ministre, M. de Stainville, et serait de plus chargé en particulier d'une négociation avec les parlements dont le maniement exigeait presque un département séparé (!2).

Stainville, au premier conseil où il assista, et ma-

^1) Madame de Poinpadour aurait eu, au dire de madame du Haasset, ludrcs-sc de ret'ruidir le Roi à Tégard de Bernis à la suite de l'examen des ])apiers de FIntanto, morte à Versailles, de montrer l'abbé ea iatrigiu^ avec cette princesse qui eut une grande influence dans l'obtentiitii ilu cliapeau, u si bien, raconte -t-elle, que le Roi lui remettait la barrette cuuiino un os qu'on jette à un chien ». Malheureusement pour Ja vérité de cette anecdote, nous ferons remarquer que la remise de U barrette est du mois de novembre 1758 et que la mort de l'Infante est dn inuis (le décembre 17r>9. Le récit de Bernis, dans ses Mémoires inédilt, dément entièrement le cancan de madame du Hausset. Lors des négo* ciatious (i<' (.'huiseul avec le pape pour l'obtention du chapeau, après I« con^ent(!ment llatteur de l' Impératrice-Reine, c'était madame de Pompailour elle-même qui écrivait ce billet à Bernis : u Eh vite, l'aMé,U lin vint s ordonne d'envoyer un courrier à Madrid pour demander le cmscntement au Jtoi, son cousin. » Ce ne fut que plus tard, à la suite da rcitroidissement devenant plus grand chaque jour et d'insinuations de lienyer. qu'on lit peur à la marquise du chapeau rouge de son ancien favori, qu'on lui persuada que les cardinaux étaient toujours ambitjeiv de premiers rôles. Quant au Roi, qui dans le principe avait été hostile au cardinalat de Bernis, il avait changé complètement d'idée et moatrait publiquement une telle satisfaction de l'élévation au chapeau de sou ministre déclaré cardinal le 2 octobre 1758, que les ambassadeur! étran^^ers mandaient à leurs cours que Bernis allait être nommé premier ministre. Et Bernis ajoute que le Roi, en lui mettant la barrette sur la tête, dit assez liaut pour être entendu de tout le monde : «^ n'ai jamais fait un aussi beau cardinal. >'

(2) Mt' moires secrets sur les règnes de Louis XIY et de Louis XY» J^ eu M. Duclos.

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