CHAPITRE QUATORZIÈME
lardit dans les efforts et les résolutions extrô- , demeurera de son temps le favori de Topinion ique, et gardera les sympathies de l'avenir. I comte de Stainville, fils de M. de Stainville, ►yé du grand-duc de Toscane, était un petit me , laid de visage , aux traits courts et ramassés lui donnaient , sous ses cheveux roux , quelque le de la tête d'un doguin. Mais des yeux vifs et lants, un nez au vent [\)y une physionomie lée, de grosses lèvres riantes faisaient oublier ;raits. Il avait la taille bien prise , la jambe belle , ibord ouvert, des façons polies relevées de cette ice d'audace cavalière que les grands seigneurs i comédie de Beaumarchais devaient faire voir le théâtre. Entré dans le monde avec une ligne onduite, un plan raisonné de tenue et d'ambi- , il avait débuté par des méchancetés, des 5 acérés, un persiflage soutenu, une sorte de onstration du danger qu'il y avait à se faire son 3mi ; et il par\'enait par ce jeu d'intimidation à telle renommée d'esprit et de cruauté badine, beaucoup affirmaient qu'il était un des types avaient servi de modèle au Méchant de Gres- |2). Il mettait, dans cette amertume impitoyable leine de grâces , sa sûreté aussi bien que sa va- , des raffinements , des jouissances, et ce liberge de l'ironie qui se révélera avec des carac-
Mémoires tecrets de la république des lettres, t. VIII.
Portraits et caractères de personnages distingués de la fin du diX"
(nu siècle, par Senac de Meilban. Denta, 1813.
31f. MAl>AME DK POMPADOUR.
lores si frappants, dans les Zï'awons danget*eusei ^e Larlos, l't montrera le plus grand abime moral du (lix-huitiomo siècle. Puis, cette réputation acquise, le lumto (le Stainvillc avait pris le rôle d'homme à l)nnnt's fortunes; et, en dépit de sa figure, il réussissait jifrandenient auprès des femmes. Cette vie le HKMiait jusqu'au jour où, livrant par une perfidie sans nom à madame de Pompadour la lettre de madame de Choiseul-Romanet, il s'attachait lareconnaissance de la femme de France contre laquelle il avait dépensé le plus d'esprit (1). Et le comte de Stainvillc avait môme l'art de colorer et de rendre aimable sa trahison aux yeux de la favorite par raHiche d'une violente passion pour elle : recommandation bien puissante auprès d'une femme qui, dit Jk'inis, « poussait l'amour-propre de la figure jusqu'au ridicule ». Dès lors il touchait à la fortune qu'il avait longuement cherchée. Il était nommé toutes les fois qu'il se présentait pour souper avec
(1) Beruis dit : « H (le comte de Stainville) n'eut pas de peine à p«^ suailer à madame de Pompadour qu'un sentiment plus fort que rMWf mômo l'avait porté à risquer tout pour lui être utile. Madame dePo* padour sentit, en femme reconnaissante, Timportance de ce scrnc*! elN; sentit dès ce moment se changer en amitié Tespèce d'aFersk» quelle avait contre M. do Stainville; son cœur, naturellement bonrt s(;nsible, fut touché du danger qu'il avait couru pour lui rendre serrica' elle en fit son ami. ('ar il faut rendre justice à madame de Pompa'k'*' t<)ut(î la coquetterie qu'on lui suppose ne peut être que très-how»** dans res[)rit, son cœur n'en est pas susceptible. Non-seulement «* sauva le ointe de Stainville de la colère du Roi, mais elle lo/îtnofli»*' à l'ambassade de Rome, n'ayant pu lui obtenir celle de Turin qo'»'* mandait et que M. de Saint-Contcst se dépêcha de faire donnera ï-* |*., Chauvelin. » [Mémoires inédits du cardinal de Bernis.)