‹ Madame de PompadourChapitre 132 sur 205 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

ce cœur et ces vertus d'homme qui lui feront regarder de si haut la mort au tribunal révolutionnaire, M. de Ghoiseul les possédait. Il disposait absolument des énergies et des dévouements de cette femme que les contemporains nous peignent grande et forte, le teint éclatant, Toeil brûlant, la voix dure, l'abord hautain (1). Ghanoinesse et coadjutrice de l'église de Notre-Dame de Bouxières ; destinée au prince de Bauffremont , marié^ au comte de Gramont dont Ghoiseul faisait lever l'interdiction , Béatrice , comtesse de Ghoiseul-Stainville , appartenait tout entière à la grandeur et aux ambi* tiens de son frère. Elle vivait dans sa fortune; elle partageait ses pensées , ses travaux , son crédit , et jusqu'aux fatigues de son ministère. G'était auprès d'elle que se débattait et se préparait le plus délicat des affaires ; tandis qu'au-dessous d'elle, la chambre de sa protégée , de la petite Julie, encombrée par la cour et la ville , était comme le bureau secondaire où s'agitait le travail des petites intrigues (2).

Ainsi aidé , ainsi doué , Ghoiseul allait encore avoir la puissance, les ressorts d'action et les moyens d'autorité ^ les influences et les gages de

(1) Lettres de la marquise du Deffant à Horace Walpole. Note de Walpole. Paris, Treuttel et Wurtx, 1812, vol. I.

(2) Mémoires du maréchal duc de Richelieu, vol. IX. — Soulavie dit que la petite Julie recevait la grande et la petite noblesse et que des poètereaux célébraient les grâces de la femme, la gentillesse de sor chien. L'influence de ce salon subalterne est conârmée par Dumouries dans ses Mémoires.

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durée, que donnent un grand nom, des alliances dans les grandes familles , un monde de parents à la cour. Il allait être dans FÉtat une de ces grandes et absorbantes personnifications du pouvoir dont les ombrages de Louis XIV avaient voulu débarrasser le trône , en habituant la monarchie à des mi« nistrcs du tiers état (1) : sages prévisions . de ce grand génie de Tautorité royale, qui avait« voulu que Tavenir de sa couronne échapp&t aux exigences comme aux accroissements des ministres da grande famille, à Tobligation de leur accorder, avec le portefeuille, la dignité de pair , le cordoQ bleu, un grand gouvernement, tous ces bonnew et toutes ces forces dont Ghoiseul était successivement armé : après la pairie , le gouvernement de Toulouse; après le gouvernement de Toulouse, la surintendance générale .des postes ; après la surintendance des postes , la charge de colonel-^;énénI des Suisses et Grisons; après cette charge, le co^ don bleu. Par cet oubli des traditions de Louis XIT, auxquelles on n'avait dérogé jusque-là que pour le vieux maréchal de Belle-Isle, par tous ces manteaux de grandeur, par toutes ces sources de puis* sance, par la possession et la distribution dei pensions , des charges , des grâces , par tous ces entours appelés auprès de lui , le comte de Ghoiseul- Stainville rappelé du service de TAutriche, les

(1) Heiue française, juillet 1828. — Mémoires de M, U due ég CMseul écrits par lui-même et imprimés sous ses yeux dans flon oabbit à Chanteloup, en 1778, et publiés par Soulavie Taizié, 1790»

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