‹ Madame de PompadourChapitre 134 sur 205 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

engagé dans la politique de madame de Pompadour et par le désir de plaire à la favorite et par ses attaches personnelles. Il appartenait à une famille lorraine d'origine ; son père , envoyé du grand-duc de Toscane, était pensionnaire de rAutriche; plusieurs de ses parents avaient des emplois à la cour de Vienne. Son éducation, les traditions de son nom , ses goûts et ses sentiments étaient d'accord avec les obligations de sa position pour lui commander une politique autrichienne.

Il apportait un plan assez vague en sa ligne générale , une sorte de formule diplomatique des idées ou plutôt des désirs de madame de Pompadour. C'était une alliance du Midi y du midi de l'Europe , une alliance de la France avec l'Autriche et l'Espagne , dont l'effet devait être , sinon d'empêcher, au moins de balancer l'alliance du Nord, l'union de l'Angleterre avec la Prusse et la Russie. L'Angleterre était, pour Choiseul, l'ennemie de la France, la puissance contre laquelle la France devait tourner l'effort de ses armées et de sa diplomatie, quoiqu'il prophétisât, avec beaucoup de sens , un affaiblissement de l'Angletere par la révolution d'Amérique qui devait, dans un prochain avenir, la faire moins redoutable pour la France. Il se disait opposé aux engagements de subsides pris envers l'Autriche et les petites puissances d'Allemagne. Il demandait qu'on entretînt avec ces puissances des relations d'amitié ; qu*on ménageât la cour de Turin. Il voulait enfin qu'on se fit une

alliée intime, une auxiliaire soumise de la cour d'Espagne. C'était là Tidée capitale de son plan, le point de départ de ce Pacte de famille conclu si heureusement, mais trop tard (15 août 1761), qui, enchaînant TEspagne à la France, établissait une alliance perpétuelle entre les deux couronnes convenant de se garantir réciproquement leurs États, et de regarder à Tavenir comme ennemi toute puissance ennemie de Tune d'elles (1).

Le système de politique intérieure de Ghoiseul plus libre , plus indépendant , et qui allait parfois imposer à la favorite les instincts et les tendances du ministre , ce système allait être comme le plan de politique extérieure , un entier changement de Tcsprit de conduite du ministère précédent. Avec Fintelligence et l'adresse de Dubois se servant des jansénistes et des parlements contre la vieille cour de Louis XIY , son testament , son ombre , Ghoiseul se servira de ces mêmes jansénistes et de ces mêmes parlements contre le parti des Jésuites, le parti de l'autorité tout-puissant autour du Roi et chez le Dauphin. Il prendra son appui sur le Parlement, il relèvera à la justice politique \ il en fera la commission dévouée au ministre qui jugera Lally et le duc d'Aiguillon. Ministre d*une monar* chie ) il embrassera , pour gouverner et se mainte* nir^ l'esprit de liberté. Il fondera son règne» une faveur sans exemple et sans retour, ^ur Tapplao^

(1) Mémoires du duc de Ghoiseul, -» Aevue fraUçaxte, Jtiilldt IStS.

Page 1