‹ Madame de PompadourChapitre 139 sur 205 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

d*acier, Tor rouge du cuivre. Car la marquise était une artiste: elle gravait elle-même, ou à peu près. Aimant Fart, elle avait voulu y mettre la main et le pratiquer; et elle avait eu la jolie idée de s*adonner à ce petit art, si plein de caprice et d'imprévu, qu'il semble fait pour être le talent d'amateur d'une femme. MalheureusementrûËuvre gravé de madame de Pompadour donne une meilleure idée de sa bonne volonté que de son aptitude , et de son zèle que de ses dispositions. Il calomnie son goût sincère et intelligent de l'art : ce n'est point l'eau-forte spirituelle, hardie, fortunée et bénie jusqu'en ses maladresses , l'eau-forte des maîtres grands et petits du dix-huitième siècle. Prenez garde encore de comparer madame de Pompadour à ses pairs : sa pointe est si loin de la pointe des amateurs du temps, ses essais semblent si médiocres auprès du contour courant de Caylus , du gentil gribouillage de l'abbé de Saint-Non ! Une planche où elle n'a point eu de collaborateur, les Buveurs de lait , qu'elle a copiée péniblement trait pour trait sur une eau-forte de Boucher, trahit son peu d'intelligence du maniement de la pointe , son manque de verve , ses timidités d'écolier à attaquer le cuivre. Parcourez son Œuvre: ses seules planches réussies sont reprises d'un travail \ de burinjui cache les tâtonnements de sa pointe, sont recouvertes du gras pointillé que Boucher seul sait donner à la chair. Puis il reste Une autre décep* tion quand on ferme la Suite dt estampes gravées par madame lamarquise de Pompadour: au lieu de croquis

sriT) MADAME DE POMPADOUR.

pris sur le vif, de portraits intimes , de scèntérieur, de coins de salons, d'images vola temps, de souvenirs, d'indiscrétions, déco ces , qui devraient être l'intérêt de son Œu n'a vu que les pierres gravées de Gay, des c des allégories, des trophées: les tiroirs d'un lier vidés sur soixante-neuf planches (i).

L'activité de madame de Pompadour encore des loisirs dans une vie si pleine et ( et de si diverses occupations se disputaie soucis et aux millealTaires de chaque jour, el bail le temps de nombreuses correspondance correspondances de toute espèce adressées sortes de gens, de correspondances politi pour ainsi dire ministérielles, de correspo familières dans un style sans gêne, don d'amabilité est une cordialité hrnsgiift ^ virile. N'est-ce point madame de Pompadou bas d'un bonsoir à son père lui dit: «... J'

(1) Voir k r Appendice le Catalogue de VŒuvre gravé de i Pompadour.

(2) La marquise de Pompadour, dit M. Etienne Charavay généralement de papier de petit format, doré sur tranche ; € tait pas en vedette la formule de politesse, datait le plus jour et du mois sans millésime d'année; enfin elle ne signait lettres intimes qui portaient son cachet aux trois tours. Les le sées k Pàris-Duverney, citées plus haut, qui font partie d< nationales, sont fleuronnées bleu et carmin k roniporte-piè< correspondance de madame de Pompadour avec le comte d« il y a des lettres encadrées de fleurs violettes semblables . de Malte, et d'autres entourées d'étoiles alternativement ve lette<.

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ianitien encore une soixantaine de lettres à écrire (1). » Choisissons d'abord, parmi une de ces correspondances, une suite de billets ou plutôt de batHktt adressés à la granf femme (2), à madame de Latzelbourg, où le bavardage a la liberté et le Usser-aller d*une causerie.

Ds vont, ces billets, des gourgourans demandés pour meubler ses maisons de campagne au duel de Goigny, de la mort de la petite Madame à la naisance du duc de Bourgogne, de Thistoire do la SanTé aux revers de Soubise, du don de Tappartenent du duc de Penthièvre au régime du lait fâaesse, du portrait de Vanloo à la vente d'un nœud de diamants pour payer ses dettes. Les ennuis de la fiToritc, ses joies, ses changements d'habitude, le bain errant de la cour, la fatigue de sa vie terrible fttt a à peine une minute à soi, trouvent un écho franc et vivant dans ces brèves épîtres à bâtons fompus qui méritent une petite place dans sa bio graphie (3).

(l) Correspondance de madame de Pompadour avec son pore, M. Pois- *Mi, etc. Baar, 1878.

(t) La comtesse de I.utzelbourg, la correspond ante de Voltaire, était, ^8 la correspondance de madame de Pompadour, la grand' femme ^ Comme dans sa conversation et ses lettres le comte de Bernis était ^na. pigeon pattu ; \e duc de Chaulnes, son cochon; M. de Moras, son gros cochon; M. de Saint-Florentin, \o petit saint; Duverney, son nigaud; ^l, de Paulmy, sa petite horreur; le duc de Niveruois, son petit époux ; le duc d'Aiguillon, M. Caoendish; M. de Vandières, son frère, M. de marcassin; madame d'Amblimont, son torchon.

(3) Les quinze lettres de madame de Pompadour k la comtesse de [iUtzelbourg, sauf la lettre III autographiée dans ï Isographie et la lettre [V tirée d*un catalogue de lettres autographes du 23 mars 1748, out été publiées pour la première fois par lu marquis du Roure dans les Mé- Umges des Bibliophiles français, année 1828.

A Chmsy, le 28 juillet 1747.

Asstormntt , ma chère grand' fenime , j'ai été enchmti'c (le la victoire que le Roy a remportée sur ses en««wis >.l), et j'en reçois votre compliment avec satisfacti(m .

Ce H est pas des nankins peints que je désire, mais ii V(fus (ruuvez des gourgourans d'une couleur pour foin (les rideaux de meuble, soit en jaune et blanc, cramoisi^ vert uu bleu , cela est plus de résistance que le taffetas. Si vous trouvez encore de ces basins, je ne serais pas far/iéc d'eu avoir deux ou trois cents aunes pow* des lili de garde robe.

Adieu , madame, soyez persuadée que je vous tnme p>rt aimable, et que je serai ravie de vivre avec vous.

La marquise db Pohpadour.

Ce 26 mars 1748.

Il y a un siècle que je ne vous ai écrit, grand' femm^ Les spectacles, mille choses différentes m'en ont empêchée.

Le malheur du pauvre Coigny (2) nous a mis au dé-

(1) Bataille de Lauféld gagnée le 2 jaillet I74t par le Roi m pfl^ sniino et le maréchal de Saxe.

(2) Le marquis de Coigny, tué en duel au Point-du-Jonr, le 4 mua 1718, par ht prince de Dombes, fils du duc du Maine. Le récit donné fB I(> duc <le liuynes du vrai chagrin qu'éprouva le Roi de cette mortert intéressant on ce qu'il nous montre un Louis XY attaché à sea amiii un Louis XV presque sensible : k M. de Luxembourg, ayant annoncé t> Roi (jne M. de Coigny s'étoit blessé très-considérablementi le Roi d»»

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> Roy en a été à fM fatrepeur. Il a donné

les de son bon cœur y dont j'ai craint les suites

nté. Heureusement la raison a pris le dessus.

)ir attendu longtemps monsieur votre frère,

hier. Nous n avions pu nous joindre. Il m'a

ieau livre et m*a promis de vous retirer de sa

fin de vous forcer à revenir ici; vous jugez

fueje lui en sais bon gré.

indonné Tretou (1) et ai acheté à la place

petit château près d'ici, assez joli.

nn de mes basins; mandez-moi ce que je vous

je n^en sais plus rien.

'lé à M. de Venelle; il m'a dit que s'il luiétoit

il vous ôteroit le magasin. La petite Ma-

t de mourir des dents (2), M. le Dauphin s'en

, grand' femme j vous connaissez wow amitié,

B vouloitdire ce terme de considérablement. » M. de Luxein* i les yeux d'un air fort triste et ne répondit rien. Le Roi la pas davantage. Il s'habilla proniptoment, passa à sou ntra dans soifcabinet, où, en donnant Tordre comme k Torce qu'il y auroit à faire dans la journée, dit qu'il n'y auroit 'A chez madame de Pompadour un moment après et y resta I quarts d'heure, il revint dans son cabinet ayant vraisem- >leuré, car il avoit les yeux fort rouges. Il passa pour la itour il vit M. le Dauphin, madame la Daaphine et Mesdaparla peu et remonta ensuite en haut. On ne le vit plus de ue le soir lorsqu'il donna l'ordre ; il ne vit que quatre ou es avec lesquelles il soupa, comme M. de Meuse, M. de , M. de Soubise, M. d'Ayen et M. de Lauraguais; il répéta s dans la journée : «< C'est moi qui suis cause de sa mort, ois dit de revenir pour la chasse. »

tout.

te Madame était Tunii^ue fruit de l'union du Dauphin avec Dauphine, Marie-Thérèse d'Espagne. Madame de Pompa-

Ce 27 janvier 1749.

J'ai été désolée de la fausse couche de madame k Dauphine ; mais j'esphe que cela se réparera bientôt. Lt" liuïj se porte, gi^âce au ciel, à merveille, et moi aussi. Vuus croyez que nous ne voyageons plus, vous vous trompez f nous sommes toujoui^s en chemin : Choisy^ h Muette, le Petit Château et certain Ermitage près la gnlk du Dragon à Ve?*sailles, où je passe la moitié de ma vu. Il a huit toises de long sur cinq de large et rien au df'sau.'i^ Jugez de sa beauté; mais J'y suis seule ou avec le Rny et peu de monde , ainsi J'y suis heureuse.

On vous aura mandé que c'est un palais, ainsi que Meudun (1), qui aura neuf croisées de face sur sept; mais c'est la mode à présent à Paris de déraisonner, et sur tous les points.

Bonjour, ma ti'ès-grand' femme , je ferai une chambre pour vous à Meudon , et je veux que vous me promettiez d'y venir,

J'espère et me flatte bien fort, grand' femme, jue mon silence n'a fait nulle impression sur vous; en tout cas vous sériés bien dans votre tort, La vie que je mène est tennble , à peine ai- Je une minute à moi : répétition et représentatio7is , et deux fois la semaine; voyages continuels tant au Petit Château qu'à la Muette, etc. Devoin

(loiir écrivait à sod frère, lors de 1& naissance de la petite fille : « /< l'ai vue aujourd'hui pour la jiremière fois,.. Elle est bien délicate, J9if

sais si elle vivra. »

(1) Le château do Dellevue.

^érables et indispensables : Reine, Dauphin, Daugardant heureusement la chaise longue, trois deux infantes, jugez s'il est possible de respirer; lez-moi et ne m'accusez pas.

Ce 29 1750.

ccident de la petite La Paye est horrible, grand*e, et je pense comme vous , qu'il est impossible que

fils l'épouse. On na jamais épousé les Petites ns; ce seroit le cas, et quoique je la plaigne fort, me chose impraticable.

Roi m'a donné le logement de monsieur et ma-' de Penthièvre qui me sei^a très-commode. Ils pas- ^ans celui de madame la comtesse de Toulouse, qui rde une petite partie pour venir voir le Roy les

Ils sont tous très-contens et moi aussi (1); c'est

oir ce que je dis dans le chapitre rv de ce changement d'appar*

opéré un peu dans le pressentiment du retour de Fontevrault de

nés Louise et Sophie, retour que madame de Pompadour peint

18 couleurs bien attendries dans une lettre adressée à son frère.

Ce 19 octobre 1750.

âmes Sophie et Louise sont arrivées hier ici, le Boy a été au-devant avec M. le Dauphin et Madame Victoire ; j'ai eu l'honneur de les En vérité, rien nest plus touchant que ces entrevues; la tendresse pour ses enfants est incroyable et ils y répondent de tout leur cceur, '£ Sophie est presque aussi grande que moi, très-bonne, grasse, une 9rge, bien faite, la peau belle, les yeux aussi, ressemblant au Boy îl comme deux gouttes d'eau; en face pas à beaucoup près autant qu'elle a la bouche désagréable ; en tout, c'est une belle princesse, ye Louise est grande comme rien, point formée^ les traUê plutôt mal n, avec cela une physionomie fine qui plaU beaucoup plus que si elle ille. Nous avons été tous présentés aujourd'hui. (Correspondance lame de Pompadour avec son père et son frère... piur Poolet-Ma- Baor, 1878.)

'par conséquent une chose agréable. Je ne pourrai g k

qu après Fontainebleau , parce quHl faut taccommûde

Je reçois votre compliment pour madame la Dudm

avec satisfaction. Il y a sÛ7*ement peu de personnes f

soient aussi aises que moi des espérances que mi

avons.

Ce que ton vous a mandé de moi est absolument ftm

Je vous ferai rembourser incessamment ce que je tm

dois; fai ce qu'il me faut pour tous mes meubles i

Bellevue, ainsi je n ai plus besoin de perse, et vota «

remercie y en vous embrassant, grand' femme, de Um

mon cœur.

Ce Z janvier 1751.

Les en fans sont arrivés à bon port, grand* femme, e ont été envoyés tout de suite au Cabinet du Jardin rfi Bai, Je ne les ti^ouve pas trop jolis à voir.

Vous jugez bien que j'ai été enchantée de recevoir b Roy à Bellevue (1). S. M. y a fait trois voyages, i doit y aller le 25 de ce mois. C'est un endroit délieieia pour la vue; la maison, quoique pas bien grande, esi commode et chai^mante sans nulle magnificence. Nous j puerons quelques comédies. Le Boy veut diminuer u dépense dans toutes les pa?*ties ; quoique celle-là soit pet considérable , le public croyant quelle l'est, fai voult en ménaf/er l'opinion et montrer l'exemple. Je souhaiU que les aut?'es pensent de même.

(1) Dans unn lettre en dnte «raoût 17r>I adressée à son frère, dk îcrit : -< Je suis comme un cnfnut ffr revoir Bellevue. ■

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