‹ Madame de PompadourChapitre 14 sur 205 · CHAPITRE PREMIER. 2j · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 2j

vît. Il avait affaire à une si charmante épistokire : une femme amoureuse doublée d'un poëte introduit dans les coulisses de Tintrigue. L'abbé de Bernis, tout fraîchement tombé à Étioles, par le coche d'eau, avec son petit paquet sous le bras (1), commençait sa fortune par la rédaction de ces dépêches

(1) Mémoires de Marmontel. Paris, 1804, t. I. — Marmontel, jaloux de Bernis, le fait plus misérable qu'il n'a jamais été. Mon jeune et savant ami, M. Frédéric Masson, Tauteur du Département des Affaires Étrangères pendant la Révolution^ va publier chez Pion des Mémoires du cardinal de Bernis qui jettent une lumière sur beaucoup de faits et de personnages du règne de Louis XV. Il veut bien me communiquer les épreuves dont on trouvera dans ce volume quelques curieux extraits; voici l'extrait relatif au séjour de Bernis à Étioles :

■ La comtesse d'Estrades était parente par alliance de madame d^Étioles; j'avais beaucoup vu cette dernière chez ta comtesse qui était de mes amies. Sa mère, madame Poisson, n* avait pas le tondu monde, mais elle avait de l'esprit, de l'ambition et du courage. Elle et sa fille m^avaient souvent pressé d'aller chez elles ; j'y avais constamment résisté parce que la compagnie qu'elles voyaient ne me convenait pas. Ce refhs aurait dû me faire un démérite. Je reçus un jour un billet de la comtesse d'Estrades qui me priait de passer chez elle ; je m'y rendis; elle m*apprit que madame d'Étiolés était maltresse du Roi; que malgré mes refus elle désirait avoir en moi un ami, et que le Roi l'approuvait. J'étais prié à souper chez madam3 d'Étiolés huit jours après pour convenir de nos faits. Je marquai à madame d'Kstra* des la plus grande répugnance à me prêter k cet arrangement, où, k la vérité, je n'avais aucune part, mais qui paraissait peu convenable k mon état : on insista, je demandai du temps pour réfléchir. Je consnltai les plus honnêtes gens ; tous furent d*accord que, n'ayant contribné en rien à la passion du Roi, je ne devais pas me refuser k ramitié d'une ancienne connaissance, ni au bien qui pouvait résulter de mes conseils. Je me déterminai donc, on me promit et je premis une amitié étemelle...

• Le Roi devait faire la guerre en Flandre et madame d'Étiolés passer Véié à la campagne. Il fut convenu et approuvé du maître que je la verrais souvent. »

Bernis ajoute : >< J'allai souvent k Étioles dans l'êlé de 1745. A l'exception du duc de Gontaut qui y demeura quelques jours, je fus le seul homme du monde avec qui la marquise de Pompadour put avoir 4esenlreiien8 ».

galantes pour lesquelles on ne pouvait trouver une tournure d'esprit et un style plus aimables.

L'une des dernières lettres du Roi portait la suscription : A la marquise de Pompadour, et renfermait le brevet qui lui accordait le titre.

Le 9 septembre 1745, le surlendemain de la rentrée du Roi en sa capitale, pendant le repas royal donné à l'Hôtel de Ville, madame la marquise de Pompadour, à laquelle M. de Gesvres, M. le prévôt des marchands, M. de Marville avaient été rendre compte de tout chez elle , se faisait servir un grand souper dans une chambre de l'Hôtel de Ville où elle se rendait incognito avec madame de Sassenage et madame d'Estrades (1).

La présentation de madame d'Étiolés avait lieu à Versailles le 14 septembre 1745.

Madame d'Étiolés était conduite par la princesse de Gonti qui avait eu déjà une grande part à l'intrigue du Roi avec madame de Mailly , et que ses prodigalités, le désordre de son ménage, ses dettes, les dettes de son mari vouaient à ces rôles de complaisance. La maîtresse était accompagnée de madame Lachau-Montauban et de sa cousine , madame d'Estrades, présentée trois jours auparavant (2).

Madame d'Étiolés se rendait à six heures chez le

(1) Mémoires du duc de Luynest t. VIL

(2) Ibid,

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au milieu d'une foule énorme emplissant la bre et Tantichambre du Roi , et dont la curiomissait de Tembarras de Louis XY, devenu un mt très-rouge.

Tappartement du Roi, madame d*Ëtioles se it chez la Reine où il n'y avait pas moins (!e e que chez le Roi. Paris, fort occupé de savoir le la femme légitime dirait à la maltresse, d*avance arrangé quelques mots avec les- Marie Leczinska devait parler sans rien dire.

rétonnement fut grand pour les courtiqui ne connaissaient point le travail diplomade la présentée près de la femme de Louis XV, 1, au lieu d'un compliment banal sur sa robe, ine, rappelant à madame d'Étiolés une des seummes de la haute noblesse avec laquelle elle ée, lui disait : « Donnez-moi donc des nou-

de madame de Saissac, j'ai été bien aise de p vue quelquefois à Paris. » Troublée par une , une charité qui dépassait ses espérances , la esse balbutiait cette parole : « J'ai, madame, la rande passion de vous plaire (1). »

e bruit de la faveur de la présentée auprès de aille royale courait Paris, oîi Ton se répétait entretien avait été fort long, avait été de douze -s (2).

Dauphin , lui , demeurait dans son rôle ; il adres- 'oidement à madame d'Étiolés quelques mots

fmoires du maréchal duc de Richelieu, Buisson, 1793. T. VIII. fmoires du comte de Maurepas. Buisson, 1792, T. IV.

sur sa toilette , ainsi qu'il avait été convenu d*avaûce.

Madame de Pompadour, à quatre jours de là, était du voyage à Choisy qui venait d*être remis à neuf, et où Ton avait placé dans la chambre du Roi un meuble de gros de Tours blanc avec des découpures et des nœuds d'un dessin charmant. Louis XV, tout à son amour, faisait une assez froide réception le 24 au vieux Roi Stanislas qui tombait à Timproviste dans une partie de quadrille installée dans la chambre du Roi, et où se trouvait, à une des deux tables, la marquise en habit de chasse (1).

Au mois d'octobre , madame de Pompadour prenait possession à Fontainebleau de l'appartement qu'avait occupé, au dernier voyage, la duchesse de Châteauroux. Elle vivait renfermée chez elle, ne sortant guère que pour rendre visite à la Reine. Elle avait emmené un excellent cuisinier et donnait de très-fins soupers, les jours où le Roi ne soupait pas dans ses cabinets (2). Toute sa vie était, jusque dans les plus petits détails , de la plus habile politique, dirigée qu'elle était par madame de Tencin, devenue son amie intime, dirigée par les dernières instructions de sa mère, madame Poisson, qui, au dire de Barbier, avait « de l'esprit comme quatre diables (3) ». En train de mourir, et toute heureuse et comblée du glorieux déshonneur de sa fille, qui

(1) Mémoires du duc de Luynes, t. VH.

(2) Ibid.

(3) Journal historique du règne de Louis XV, par Barbier Renouard, 1849 t. II.

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