CHAPITRE SEIZIEME
ïni avait touché Louis XV s'était refusée à entrer dans la petite maison commune et le Roi lui rendait visite dans sa jolie habitation de Passy. Elle s'appelait Romans (1). C'était la fille d'un avocat de Grenoble que sa sœur, madame Varnier , avait amenée ^u Roi dans les jardins de Marly. Elle avait les plus longs cheveux noirs et si longs qu'elle pouvait s'en Couvrir. Sa grande séduction était la nonchalance, la langueur presque orientale de ses attitudes, la paresse voluptueuse de son beau corps presque toujours étendu sur un canapé dans l'abandon des postures lasses.
A tous ces charmes, mademoiselle de Romans joignait des droits sur le Roi qui avaient manqué à madame de laTournelle, qui manquaient à madame de Pompadour: elle avait un fils de Louis XV, un fils que le Roi , sur les instances de la mère, reconnaissait presque. Ce fils du Roi était la joie et l'orgueil de mademoiselle de Romans. Elle promenait partout, dans une corbeille, cet enfant beau comme le jour; elle l'habillait de dentelles, et le montrait à tous; son secret l'étoufi^ait, elle le laissait déborder, et aux Tuileries, devant la foule qui se pressait et entourait l'enfant, elle s*écriait: « Ah! mesdames et messieurs, n'écrasez pas et laissez respirer l'enfant du Roi (2) ! »
(1) Voir la Notice sur mademoiselle de Romans dans les Portraiti tutimet du dix-huitième tiécU. Charpentier, 1878.
(2) Paris, Veraaillet et Ut provinces, 1823, vol. I. — Journal historique et anecdotique du régne de Louis XV, par Barbier, vol. IV. — Mémoires du wtaréehal due de Richelieu, vol. IX.
Cette mère, cet enfant, étaient le souci de madame de Pompadour ; et un jour qu'assise dans un coin du bois de Boulogne, ses cheveux relevés par un peigne de diamant , mademoiselle de Romans donnait le sein au fils de Louis XY, elle vit ^*approcher d'elle deux femmes dont Tune se cachait sous ses coiffes et dans son mouchoir, dontTautre la salua en lui disant: « Voilà un bien bel enfant. — Oui, je peux en convenir quoique je sois sa mère, » dit mademoiselle de Romans ; et comme la dame loi demandait si le père était bel homme : a Très-beau. Si je vous le nommais , vous diriez comme moi. — J'ai donc l'honneur de le connaître , Madame? — Gela est très-vraisemblable. » Les deux femmes s'éloignèrent; et madame de Pompadour, écartant son mouchoir de sa bouche , disait avec un soupir à madame du Hausset , sa femme de chambre , qui avait porté la parole: « // faut convenu^ que la mire et V enfant sont de belles a^éatures. » Et elle revenait à Versailles le désespoir au cœur. Elle s*alannait encore de voir ses alarmes sur le front de M. de Ghoiseul.
Mais ceconseil et cette providence des maîtresses, cet observateur en jupons si versé dans la connaissance de l'humanité des cours , cette femme qui déjà avait retenu et maintenu à Versailles madame de Pompadour lors de l'assassinat deDamiens, la maréchale de Mirepoix rendait le courage à la favorite par son sang- froid, sa vue saine des choses, ces résumés de situation qu'elle savait faire si nettte-
M, de Stainville avec qui M. de Souhîse étoit arric heweusement assés tôt avoit fait deux charges (m utiles, que lui Boisgelin avoit eu ordre d'a^'river ai/ist que votre réserve, que sa brigade étoit arrivée seuk parce quelle avoit toujouj's couj'u, que, se voyant déltorié par le gj^and nombre d'ennemis, il avoit envoyé demanda' du secours, que M, de Soubise lui avoit amené des dragons et les gendarmes dauphins sans lesquels il él(à forcé d'abandonner le poste. D'api^ès ce 7'écit fait devant tout le monde , j'ai jugé que les troupes de votive résem avoient été commandées par les gétié7*aux, et que tm pai'tageoient la gloii^e de cette journée. J'ai écrit deux lettres pareilles , des faits simplement, monseigneur k comte de Cleiimmt pow'i'a vous en montrer une, etvtiv$ y ve7Tez la vérité de ce que j'ai l'honneur de vous wander. Je yi' ai jamais imaginé qu'il pût y avoir la moinért tracasserie, cl ce n'est qu'en revenant de Choisy à Paris que l'abbé du Cer [sic) et autj^es avoient distribué dei bulletins ou il n'étoit pas plus question des maréclmux que s'ils n'acoient jamais existé. De retour ici on me àii qu'il y avoit de grandes plaintes sur ces bulletin». Ji n'en ai vu aucuns. Je ne sais dans aucun temps ce qui^ met dans la gazette, parce que je ne l'ai lue de mavit- Je me suis tenue dans le silence par 7*espect pour roussi par (unitié pour M. de Soubise. Voilà quelle a étéw^ C(//i(/ui(f.'. Quant à ma façon de penser, elle ne /**'''' changer. Il est certain ipm les tritupes vomninndvc^ l^'^' na/s, Moaseig)icur, (mt fait des mer veilles, et crlo "■ prnt ôtre autrement en suivaal rittre exemple. H <"*' tout aussi st(r que M. de Stainville, les draynns et l'-^
enfin de ramener cet amour aux proportions d*une intrigue du Parc aux Cerfs.
Finalement donc, les inconstances mftme, les plus longs et les plus vifs caprices du Roi ne pouvaient briser sa chaîne. L'habitude Tavait asservi à la domination de madame de Pompadour. Et la favorite était arrivée à ce moment de confiance et de sécurité d'une liaison où les infidélités des sens, du cœur même de Tamant n'ont plus de menaces pour la position d'une maltresse. Après cette dernière épreuve, madame de Pompadour pouvait croire sa faveur inébranlable. Rien ne devaitplus l'inquiéter dans le présent ; et elle était délivrée de ce tourment de Tavenir qui empoisonnait sa fortune, de la pensée fixe de ses insomnies, du souci continumèlé à toutes ses joies, de la jalousie de ses ambitions sans cesse inquiètes, toujours tremblantes.
Son dernier, son seul redoutable ennemi, le Dauphin , la favorite l'avait tué par le ridicule (1).
(1) Après avoir, de complicité avec Choiseul, cherché à fûn iMpçonner à Louis XV que son fils était pour quelque chose dans rusait \iat de Damiens poussé au crime par le parti dévot, madame de PiMipadour détruisait les restes du sentiment paternel de Louis XV pirift honte qu'elle inspirait au père de son fils, par les moqueries qn*eUa Casait de la bigoterie du Dauphin, de son habitude de dire mofiMet et tai^M comme un curé de village. Soulavie raconte mâme que, dans le tenptéi la destruction des Jésuites, madame de Pompadour et Choiseul iUsaient voir au Roi, au milieu de la nuit, dans la chambre du DaigW»i par la glace de la porte entr'ouvcrte, un homme vét'u d'un habit de Jésuite, prosterné devant un crucifix, qui était son AU ou que LooiiZV put croire son fils.