‹ Madame de PompadourChapitre 155 sur 205 · CHAPITRE SEIZIÈMR · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈMR

au véritable maître de la politique da Roi Louis XV; quelles souffrances chez la favorite (i) , qui, se rabattant sur les détails du protocole , et voulant là au moins sauver la dignité du Roi , manquait se brouiller avec Ghoiseul à propos du vieux titre de Bot de France^ pris dans le traité par le roi d'Angleterre (2) !

Ce réveil, après ce rêve, point de gloire après tant d'impatience et tant d'envie de la gloire , c'était une déception bien dure pour une femme habituée à avoir toutes choses à sa volonté et à son caprice. Madame de Pompadour ne s'en consola point. Et l'homme qui vit dans son intimité la plus grande, son ministre et son amant, en un mot le duc de Choiseul, effrayé de l'abattement de la souveraine

(1) Dans les affaires les plus graves, dans celles qui tiennent le plus au cœur de madame de Pompadour, qui intéressent le plus sa vanité, il est curieux de voir toujours la femme passer au travers de Thomme d*État, et le chiffon et la fanfiole venir sous sa plume. C'est là l'intérêt de cette lettre écrite au sujet de ce traité de Paris qui fit passer tant de nuits blanches à la favorite, et adressée au duc de Nivernois, son petit époux :

H Ce M. cTÉon est, dit-on, un fort bon sujets et MM. les Anglois ont été trés-'polis de lui donner à apporter le traité. Je ne doute pas quil ne s'en trourc Lien, J'aime ainsi que vous le roi d'Angleterre, il me parott rempli de rondeur, d'humanité et de toutes les vertus qui forment un bon roi. Ceat le plus grand éloge à mon gré. Les conquérant ne sont que des tyran* qu'à tort on appelle grands hommes. Ah! les vilaines bourses que vous nous avez envoyées! elles sont grosses comme des cordes : aussi notre ami Praslin en at-il été gratifié. Quand je ne vous rappellerais pas au souvenir de notre très-aimé maître, la besogne que vous avez faite ne vous aurait pas laissé oublier. File est enfin terminée, embrassons-nous pour nous en féliciter l'un et Vautre.

m Les petites dames vous saluent. »

(?) Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, par Charles Lar; urlie. Paris, 1812. Vol. IV.

de Versailles, dira à sa femme de chambre: «Je j crains, ma chère dame, qu'elle ne se laisse gagner par la mélancolie et qu'elle ne meure de chagrin. » Mourir de chagrin, elle! madame de Pompadour! G*esl cependant presque la vérité. Longtemps après cette visite à la tireuse de cartes que raconte madame du Hausset, et qui semble avoir fait une profonde impression sur Timagination de la favorite à laquelle une autre tireuse de cartes avair prédit sa fortune, madame de Pompadour laissait échapper: « La sorcière a dit que j* aurais le temps de me recon- )mtre, je le C7'ois, car je ne périrai que de chagrin. »

e Pompadour crachant le sang dès sa première jeunesse. —

oujours sur les grands chemins, — Ses nombreuses fausses

— La préparation d'après nature de la Tour de Saint-Quen*

adame de Pompadour ne peut, en 1756, passer I appartement

;e de la Reine à cause de ses palpitations de cœur. — Elle

alade à Choisy. — Embarras d'argent. — L'estampe de Co-

sa convalescence. — Son testament de novembre 1757. —

du 30 mars 1761. — Second codicille du 15 avril 1764. — Sa

même jour. — Lettre de Marie Leczinska sur la mort de la

ne de Pompadour, conçue dans le péché (i), iché le sang dès sa première jeunesse (2).

régime du lait, elle avait encore pu suivre ne pendant les premières campagnes du is, quand Louis XV ne fit plus la guerre, la ire dut y renoncer et toute l'année « courir et manger » . Une vie toujours en l'air et sur Is chemins^ — c'est ainsi qu'elle s'exprime

part, — une vie dans laquelle son pauvre

peccato, dit d'Argenson, concepit eam mater sua. une des lettres de madame de Pompadour à son (Vère pen- >yage d'Italie, on lit : « On vous mandera cependant de Parache le sang, cela est aussy vray que toutes les fois qu'on Fa

ùlrc maladif, demandant le repos et le ménagement, secoué et échauffé par cette vie de courses et de fatigues, se lassait davantage chaque jour, une vie où la tension de toutes les activités morales enfiévrait et épuisait ce corps auquel la favorite ne voulait pas faire grâce et qu'elle continuait à faire aller et à agiter. Aussi que de rhumes, que d'heures de fièvre (1), que de journées passées au lit, que de saignées au pied notent les correspondances (2) et les journaux des courtisans I Et la misérable santé de la maîtresse déclarée avait été encore affaiblie par de nombreuses fausses couches (3).

Dès l'année 17i8, d'Argenson, voyant un jour, à la messe de la chapelle de Versailles, Madame de Pompadour coiffée de nuit, s'étonnait du changement de sa personne, de la mine sucée etmabamB qu'elle avait. En 1749, toute la cour était frappée de

(1) Madaino de Pompadour écrit bien Bouvent des lettres pardUnk cclie-ci : u Marly, 20 mai 1751. J'ai tm rhume astex fort qui m'a douai k fièvre vingt-quatre heures, il va un peu mieux. Je descends au saUm etSÊ^ qui, par parenthèse, est diabolique pour les rhuaus, il y fait im ekai énorme et froid en sortant, aussi entend-on plus tousser qaCà No€L *

(2) Mario Leozinska, au sujet d'une de ces saignées, écrit à la data du 22 mai 1751 : « ... Madame de Pompadour a eu la fièvre hier et a été saignée ; cela m'a fait une peur horrible, dont j'avoue que la charité a'i pas été tout le motif. Mais cela alloit mieux au soir et l*on disdt m- Icment qu'il n'y auroit pas do voyage de Crécy. » {Mémoirtm ànitsit Luynps, t. XI.) — Un joli détail. On trouve, dans les comptes de madtM (1(; Pompadour publics par M. Le Roi, 6,000 livres donnés par IjOotaXV on juin 17G1, pour réoumpensor la favorite de s'être laissé saigner.

(3) Le duc de Luynos écrit h la date du 2 avril 1749 t « H y a dm ou trois jouis que madame do Pompadour est incommodée et OB ai k voit point. J'ai appris aujourd'hui que cette incommodité eat uiwlkMi couche ; on m'a assuré que c'étoit au moins la troisième depuis fa'^d* est habitante ici, »

CHAF DilX ;PTll !. m

tigritsema t , de totale disparition de sa II dessèchement et d< la teinte jaune du Ims isage. n est, du resi , t indiscret portrait t la fiiTorite dans Ta 9 et la chlorose de santé : c*est Ih pn m de la Tour du 3 Saint^uentin , la pré ration d'après nan'a rien du joK officiel du grand portrait du et qui nous montre la marquise avec son papier mâché, avec les bleuissement du de ses yeux, avec les colorations truitées de ion satirique du temps. Et cependant la le madame de Pompadour avait des forces » qui maintenaient la femme belle en dépit trissure de ses charmes, de la destruction ) de son corps. On aurait dit autrefois, écrit '.mporain irrité de cette espèce de miraclOt vait un talisman, un anneau constellé (1). 56, lors de sa nomination à la place de palais, madame de Pompadour ne pouvait ser rappartemcnt à la suite de la Reine à ses palpitations do cœur [i). Madame du parle de battements de cœur terribles pcn- [uels son cœur semblait sauter (3). En no- 1757, madame de Pompadour se trouvait ni lie faisait son testament, ir de ces années, cette physionomie en-

res de cTArgenson, édition Jannet, t. IV.

res du duc de Luynes, t. XV.

livait qucl( ^' ^iiips un traltein«nt d'un médocin du Marali

ard, qui \ aiHV" •••"«»—'•• trè^-vW^ dant ta chai"bi •*

39t MADAME DE POMPADOUB.

chanteresse , où tant d*âme et d*esprit passait et se jouait dans un éclair, ne montrait plus qu'un sourire grimaçant sur un masque d'ironie. Yainement elle plâtrait et chargeait de blanc et de rouge yif ce visage plombé ; vainement sous la toilette , les artifices , les coquetteries désespérées , elle voilait sa maigreur et s'acharnait à cacher tout ce qu'il y avait en elle de déjà mort ; tous la voyaient comme elle était usée, perdue, mourante (1).

Ce fut dans un voyage de plaisir à Ghoisy que la machine s'arrêta ; les forces se dérobèrent à la volonté de la marquise : il fallut s'aliter.

Des ennuis que le public ne soupçonnait guère assaillaient la marquise au commencement de sa maladie. Elle était tourmentée dans le lit où la tenait la fîèvre par des embarras d'argent . Tels étaient depuis longtemps les misérables tracas de cette femme avide et recevant de toutes les mains , à laquelle le peuple attribuait le placement de sommes énormes à l'étranger (2). Dans sa furie de bâtisses

(1) Mémoire» historique» et Anecdote» de la eowt de J^Wnin. Puki

(2) A une demande d'argeat de son père madame de PompadoV répondait par cette lettre datée du 12 janvier 1753 : «.../« «'ci rin é ajouter à ce que je vous ai dit en plus d'une oeeation, je tui» heÊÊBtif. moins riche que je n'étois à Paris; ce que j'ai m'a été dimné tan fw jl l'aie demandé; les dépenses faites pour mes maison» m'ont beoMcotiq^ fidd»; ça été l'amusement du maître, il n'y a rien à dire, maiâ tifavoi» iétiréé» richesses, toutes les dépenses faite» m'auroient pradmii m

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