‹ Madame de PompadourChapitre 164 sur 205 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

promettait la jeune fille, cette jeune fille, pétrie et pourrie par sa mère, qui, surmontant la pudeur des illusions de son âge , se destinait résolument à être «un morceau de roi ». L'ambition est la règle de seTpassîons , comme elle est la raison de sa conscience. Et, dans cette ambition même, il n'y aura ni les instincts de grandeur, ni les insolences de domination d'une Montespan ou d'une Châteauroux. Fille de la bourgeoisie , madame de Pompadour fait son règne et son rêve à l'image et à la mesure de la bourgeoisie.

Toute-puissante , sa volonté ne peut se façonner au grand ; et le gouvernement de son caprice laisse percer les misères et les petitesses de l'ordre dont elle sort. Ce n'est le plus souvent qu'une direction ehtpotih'e et touche-à-tout y qui, ne pouvant s'élever plus haut que le tripotage , se rabat sur le détail , et descend en se ramifiant jusque sur la moindre lieutenancc. Et ce n'est point seulement de la bourgeoisie, c'est encore de sa famille et de sa race qu'elle apporte dans sa place et dans son rôle les vilenies et les appétits : il y a en elle du sang de traitant qui semble s'étendre à ses exigences et les marquer d'une bassesse originelle. Elle ne gouverne pas, elle accapare. La monarchie n'est entre ses m'ams qu'une feuille des bénéfices; et voyez-la pressant sa faveur et tirapt tout à elle, argent, honneurs, terres, pensions, places, traitements, cordons, grâces, survivances, — c'est la première des favorites qui déshonorent le scandale et leur for-

tiuio parla cupidité et Tinsatiabilité de la mallôte; la piviinèrt* qui, par les pots-de-vin qu'elle laisse a<Mepter î\ ses fomnies de chambre, les bons du Uni (ju'i'Ue leur laisse vendre (1), les associations des leuimes et des courtisans aux bénéfices des fermiers jrénéraux, les cj^ovpes sur leurs places (2), apprend à la noblesse les viles passions de la finance et l'abaisse aux ambitions d'argent.

Et maintenant allez au Louvre, et regardez le portrait de La Tour (3). Dans la fleur et la poussière

(1 \.' Espion américain en Europe ou Lettres illinoises. A Londres, aux d>'[i-ii.s <1« la compag-nie, 1756. L'Espion américain accuse de ce trafic M la l)iilK)ssay » (.f/c). — T.o uonce du pape, Durini, dit : « EUe wmel'arjr<;iii et dispose do tout(>^ les charges. »

{'il Portraits i.-t canii^tfh'ps de personnages distingués de la fin du dixhiùtiri/ip sirrle, par Sénac do Meilhan. Dentu, 1813.

:! Opposons au portrait de La Tour le portrait de Boucher tel que nous Tavons décrit dans notre monographie du Peintre des grâces : <• >L'idani<; do Pvunpadour voulant avoir son portrait, c*était Boucher •.jirclle choisissait avec La Tour pour laisser d'eUe une image qui sar- \ (M-ùt à sa fortune, et rompôchàt de mourir tout entière. Et Boucher la pei-rnait dans la peso do paresse que donne une chaise longue, avec y un- d'attention distraite d'une femme aimée qui attend Tamour entou^ nnnt à donn la tête. Le bras droit de madame de Pompadour s'accoudait sur un coussin do pékin peint; son bras gauche retenait mollement un livre sur ses ^aînoux. lioucher jetait dans ses cheveux un œil de poudre f't des tleurelt(;s ; il la décolletait un peu en carré, évasant à la naissanco de la jjor^'o l'échancrure de cette magnifique robe Ueue, fiilbalassoc, toute semée do petites roses, toute ruisselante de dentelles tlarj^ont, et au bout de la jupe paraissaient les deux, pieds mutins de la favorite croisant, selon leur habitude, Tune sur Tautre les mules roses brodées d'argent. Et partout c'étaient des rubans et des nœuds au cou, à la sai^^née, au cueur du corsage. La figure sortait d'un appa^ teinent de soie jaune et semblait s'avancer entre deux rideaux à grands plis du fond d'une glace reflétant dans sa transparence, comme dans

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