CHAPITRE DEUXIÈME
gue pour éveiller contre la maîtresse les instincts moqueurs du Roi, la discréditer au nom du bel air, et faire rougir d*un tel amour Tamour-propre de son amant. Les courtisans jouent si bien Tétonnement des riens qui échappent à la favorite , et de ce qui dans sa parole est encore « à la grivoise » et sent son passé, qu'ils arrachent au Roi embarrassé et tout honteux cet aveu : « C'est une éducation à faire dont je m*amuserai. » La très-spirituelle madame de Lauraguais, déchue de ses espérances et supplantée , épluche des pieds à la tête , et sans lui passer un geste , la petite bourgeoise qui lui a pris le Roi , la dissèque, la passe de msRns en mains comme une poupée démontée, et la livre aux rires de la galerie. La famille royale , qui sent le contre-coup de cette humiliation d'une pareille liaison, boude et murmure contre cette maîtresse qui fait déroger l'adultère du Roi (1).
Bientôt la cour répand ses haines dans le public ; le murmure de Versailles descend dans la rue jus* qu'au peuple, et y déchaîne la curiosité et l'insulte. La malignité nationale fouille l'ordure du berceau de madame d'Étiolés et les fanges de sa source. Une nuée de feuilles furtives et volantes s'abat sur cet
(1) Mémoires et journal inédit du marquis d'Argenson. Janet, 1857, vol. m et IV, — Mémoires historiques et anecdotes de la cour de France. Bertrand, 1802. — Catalogues de lettres autographes, — Lettres de madame 4e Pompaâowr,
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arbre pourri , Tarbre généalogique de mademoiselle Poisson. C'est un de ces flots de chansons et de libelles qui soulagent, à certains moments de Thistoire, la bile de la France. De partout jaillissent ces mazarinades du dix-huitième siècle : les Poissonnades, qui jettent au front et au cœur de madame d*Étioles la double honte de sa naissance: son père, sa mère (1).
Les grands seigneurs s'avilissent,
Les financiers s'enrichissent,
Et les Poisson s'agrandissent ;
C'est le règne des vauriens, rien, rien.
On épuise la finance,
En bâtimens, en dépenses ;
L'Etat tombe en décadence,
Le Roi ne met ordre à rien, rien, rien.
Une petite bourgeoise.
Elevée à la grivoise, I
Mesurant tout à sa toise, 1
Fait de la cour un taudis, dis, dis. '
Le Roi, malgré son scrupule.
Pour elle fortement brûle.
Cette flamme ridicule
Excite dans tout Paris,* ris, ris, ris.
Cette catin subalterne •
Insolemment le gouverne.
Et c'est elle qui décerne
Les honneurs à prix d'argent, gent, gent.
(1) Recueil mamiscrit de Maurepas, vol. XXXIV et XXXV. Bibliothèque nationale.