CHAPITRE DEUXIÈME
comte d'Argenson, du contrôleur général Orry, elle cherchait des alliés et travaillait à se faire des amis.
Tout d'abord, c'était en plein cœur de la famille royale, en ce milieu hostile entourant Louis XV, que madame de Pompadour essayait sa diplomatie de femme. Elle n'ignorait pas que le prince dévot élevé par Tévêque de Mirepoix et qui avait maiîqué presque dès l'enfance à la duchesse de Châteauroux, n'était pas mieux disposé pour la nouvelle maîtresse. Si l'anecdote qu'on racontait sur le compte du jeune prince à la présentation de madame de Pompadour, et qui avait fait courir le bruit de son exil momentané de la cour, n'était pas absolument vraie, la favorite avait pu s'assurer des sentiments répulsifs qu'il lui témoignait avec une espèce d'ostentation. Dans une partie de chasse où madame de Pompadour avait une place dans la voiture du dauphin et de Mesdames, quelque sujet de conversation que la favorite eût amené, clic n'avait pu obtenir un mot de réponse du prince, ni des princesses royales avec lesquelles elle se trouvait (1). Elle n'ignorait pas non plus que, si la dauphine n'avait pas assisté à une représentation des cabinets, c'était sur l'ordre de son mari, qui l'avait obligée h jouer la malade. Enfin, le régiment Dauphin étant venu vacant par la mort de M. de Volvire, elle avait eu l'humiliation de voir le candidat qu'elle poussait évincé par M. de Marbœuf, protégé du dauphin, qui*
(1) Mémoirtê dm nuarquii d'Ârgemon, édition Janet, t. III.
avait mis dans sa protection presque de là proYO* cation. Le dauphin était même arrivé à ne pas ca* cher les mouvements d'humeur que la présence de la favorite lui causait, et ayant fait tout nouvellement, dans la campagne de Fontenoy (i), son ami du duc d'Ayen (2), le modèle d'après lequel Gressel est en train d'écrire son Méchant^ dans le commerce de ce satirique, le prince commençait à faire d'assez méchants mots contre la maîtresse de son père, ou du moins à colporter et à répandre ceux du duc. Madame de Pompadour songeait à détacher de ce groupe hostile la Reine, qui, toute bonne femme qu'elle était, et tout en grondant son ûls de la méchanceté nouvelle de son esprit, s'amusait de cet papotages vengeurs.
On se rappelle la phrase de madame de Pompadour à la Reine lors de sa présentation, lui disant qu'elle avait la plus grande passion de lui plaire Depuis ce jour la favorite n'avait laissé échappei aucune occasion d'être agréable à Marie Lëczinska lui faisant entendre par des tiers qu'elle ne lui étai pas inutile auprès du Roi, qu'elle avait détruit che; son mari des préventions mal fondées, des préven lions que de mauvais propos attaquant même 1; conduite de la Reine cherchaient tous les jours ;
1} Le brave et pieux iniiico 4111 était re>t»'' treize heures ù cheva le jnur <1<^ la bataille, se ]>eiiit tout entier dans une phrase de la letti où il annonce ù sa mère la vict"ire do l-untenoy : « ... C'est u ouvra>r<' de la main de I)i«.Mi à {\\\\ seul on doit la victoire, et je cro que Vos prières y ont beaucoup C(>ntribuê. » (2) Mémoires du duc de Luyftes, t. VU.