CHAPITRE DEUXIÈME
de sa gaieté originale , perçaient sournoisement en toutes choses, habiles à taquiner la maîtresse en ses prédilections, en ses occupations favorites, en ses plaisirs d'esprit. Voulait -elle faire nommer Gury intendant des Menus, Richelieu, qui se trouvait à Gênes dans le moment répondait, avec la politesse et la galanterie habituelles à Thomme, que madame de Pompadour était la maîtresse, qu'elle n'avait qu'à ordonner, et, pendant ce, il mandait au duc de Gesvres qu'il ne voulait à aucun prix de l'arrangement (1). De retour à Paris, tout en ayant l'air de vouloir donner satisfaction à la favorite et en ne ménageant pas les embrassades à Gury, il reculait indéfiniment une décision. Dans le même temps, de gaieté de cœur, il se faisait une querelle avec la favorite, une vraie querelle à propos du théâtre des petits appartements, si cher à son cœur, défendant aux musiciens de la chambre qui composaient presque tout l'orchestre de madame de Pompadour d'aller jouer en quelque lieu que ce soit sans un ordre formel, et ne craignant pas de jeter au direc teur de ces spectacles, M. de la Vallière : « Vous êtes une bête (2). »
La vengeance de madame de Pompadour était de faire « de la bête » un cordon bleu, et secrètement d'obtenir de Berryer, le lieutenant de police, la
(1) Afémoires du duc de Luynes, t. X.
(2) Madame de Pompadour, indignée qu'on traitât ainsi son directeur, adressait de violentes plaintes au Roi, qui à son débotté fit à Richelieu cette significative question : « Combien-de fois ayes-TOUsété à la Bastille I — Trois fois, sire. * Mais la chose en resta là.
vente, à la Comédie italienne et dans les endroits publics, de bijoux appelés plaques de cheminées (1) avec une chanson où Ton tympanisait Tamantde madame de la Popelinière. Une occasion aussitôt pour le duc de Richelieu de traverser la favorite dans toutes ses entreprises, de la faire devenir chèvre (2) selon le proverbe. Dans les soupers des cabinets, il prenait plaisir à railler et à exaspérer son mécontentement par des familiarités blessantes, par un ton de dénigrement supérieur qui ne respectait rien de sa personne. Vainement madame de Pompadour demandait au Roi de ne pas remmener (3), Richelieu s'obstinait à se faire nommer dans les voyages de la Celle, de Crécy, de Bellevue, à aller chez elle malgré elle : il semblait que ce fût chez le duc un jeu et un amusement de lui être insupportable, et, dans cette application à lui déplaire, il dansait, dit d'Argenson, au-dessus de sa tête, toute une nuit, une nuit qu'elle était indisposée. Gamineries, taquineries, ironies, toutes les grandes et petites méchancetés de ce courtisan gâté, étaient au fond tolérées par le Roi, qui se vengeait de ses faiblesses en laissant tourmenter ses maîtresses, en les tourmentant lui-même au besoin, comme lors-
(1) On trouve parmi les curiosités appartenant à madame de Pompadour vendues à la vente de son frère le marquis de Mari' gny, no 751 : « Un modèle de cheminée tournante en bois d*acajou avec la plaque en cuivre. »
(2) Mémoires de d'Argenson, édition Janet, t. TII.
(3) Qui ne sait la réponse du Roi à madame de Pompadour ? « Vous ne connaissez pas M. de- Richelieu ; si vous le chassez par la porte, il rentrera par la cheminée, r
î LX5. 01- ai- ni^^l ^ £l*iiis--«air5t -.
OfitiîilltH*!.' L >î
JII
L'ennui du temps et du Roi. — Curiosité de lA mort de Louis XY. -' Madame do Pompadour s'emparant de rexistence du Roi. — La fertilité des imaginations de la favorite.— Succession de distracti>(His et de dissipations dans une vie de petits voyages. — Les carteies égayés de musique de Versailles. — Le talent de comédienne de madame de Pompadour. — Le théîltre des petits appartements, — Les musiciens, les acteurs et les actrices de la cour. — Le magasin, les accessoires, etc. — Le règlement. — Nouvelle salle de la cage de Tescalier des ambassadeurs. — La gouache de Cochin représentant l'opéra d'Acis et Galatée. — Les moindres rôles disputés comme des faveurs. — Les habits de théâtre de madame de Pompadour.
Manier et travailler Versailles; plaire, séduire, capter; ramasser des alliés, conquérir les plus hauts appuis et les plus chaudes amitiés ; s'entourer d'un peuple de créatures, attacher à sa faveur qui naît un monde d'intérêts; se servir du sourire, de l'amabilité et de tous les ensorcellements de la femme, pour entrer dans l'intimité des princes, la confidence des ministres, les sympathies des individus et la familiarité de la cour; faire descendre aux complaisances les plus grandes familles de France; apaisai et gagner l'humeur et l'honneur du courtisan ; attaquer les consciences, récompenser les capitulations;