‹ Madame de PompadourChapitre 33 sur 205 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

moment où Polyphème, du haut de son rocher, s'écrie:

Tu mourras, téméraire, et Jupiter lui-même Ne sçauroit dérober ta téie à mou courroux (1) 1

Et voici le théâtre, et là salle, et le brillant parterre, et rilluatré orchestre où le prince de Dombes,' lé Saint-^prit sur la poitrine, souffle dans un basson.

Le roi en habit gris a Marie Leczinska à sa droite, Marie Leczinska reconnaissable à cette toi-^ lette de vieille femme qu'elle prit toute jeune, à cette cqifiTure qu'on appelait un papillon noir. Der-* rière la reine sont Mesdames, les filles du roi. Au second rang à droite et à gauche jusqu'aux deux bouts de la galerie se tient assise ou debout, ap^ payée sur des cannes à bec de corbin, la fleur de l'aristocratie française.

La petite salle bleu et argent est charmante et digne d'être recréée, par un architecte de ce temps. Sur les légers nuages d'un ciel d'été peint au pla-< fond, se détache une balustrade à l'italienne, dont les balustres dorés sont surmontés de distance en distance par des jeux d'enfants autour d'un vase chantourné. Au dessous de l'entablement d'élégantes consoles reposent sur des pilastres qui dessinent aux murs de grands panneaux alternés de panneaux

(1) Agis bt Galatbk, Divertissement du Théâtre des Petits Apporte' wtmUs pendant t hiver de 1748 à 1749. — Je possède de cette réunion rare, forauMit 4 volumes, un exemplaire en maroquin rouge avec une large ieatelle sur les plats, un exemplaire dont la faTorite faisait cadeau aux fenoiuies de sa société.

étroits, OÙ, sur une tenture bleue aux arabesques d'argent, se détachent de grands cartels dorés figurant des Amours au milieu d'attributs. La galerie ornée de tètes et de masques en relief se renfle devant le Roi en un balcon ventru d'un charmant rococo. Des marbres de couleur égayent le pourtour du parterre et de l'orchestre.

Le monde élégant et coquet qui est là aie livret de la pastorale à la main. Dans le nombre des habits noirs coupés par un cordon bleu, éclatent çà et là comme des coquelicots^ quelques rares habits rouges. Et c'est au parterre la plus charmante et la, plus spirituelle réunion de petites tètes poudrées, serrées les unes contre les autres, écoutant, regardant, souriant.

Sur le théâtre qui représente un espace de terre aride et déserte bordée par des montagnes, on voit Polyphème sur le mont Etna prêt à lancer son rocher sur Acis en tonnelet et en bombe.

Quant à l'actrice principale, quant à madame de Pompadour que Cochin a peinte avec tant de soin et tant d'application que la tête est presque en relief sous les touches successives de gouache, elle est représentée dans ce galant costume d'opéra que décrivent les papiers de l'Arsenal : « Grande jupe de taffetas blanc, peinte en rozeaux, coquillages et jets d'eau avec broderie de frisé d'argent bordée d'un

rézeau chenille vert, corset de taffetas roze tendre, grande draperie drapée de gaze d'eau argent et vert à petites raies avec armures d'une autre gaze d'eau»

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