CHAPITRE TROISIÈME
nance du Roi, trouvait dans Tantichambre le marquis de Voyer, le fils du ministre, qui lui promettait sa lieutenance contre le rôle d'exempt dans le Tartufe qu'on allait jouer dans les cabinets. « La chose fût faite, dit madame du Hausset, j'obtins mon commandement, et M. de Y... remercia Madame, comme si elle l'eût fait faire duc. »
Avant tout, par le théâtre, madame de Pompadour fixait et occupait le cœur et les yeux du Roi. Le théâtre était le triomphe de la femme et de l'actrice. Elle y était sans rivale, et y brillait au premier rang. Elle déployait dans la comédie sa vivacité, sa finesse, l'art du bien-dire , l'esprit du ton , la malice du regard. Elle révélait dans l'opéra toutes les caresses et tous les enchantements de sa voix. Chanteuse et comédienne, il semblait que deux muses eussent doté le berceau de cette enfant gâtée du dix-huitième siècle : la Muse du chant, et la Muse du sourire. Et que de moyens d'être aimable, et que de façons d'être belle ! Que de coquets accommodements, que de métamorphoses dans cette toilette de théâtre d'une fantaisie si diverse et si charmante I Que de merveilles inventaient pour elle les ciseaux de Supplis, le fameux tailleur pour femmes! C'étaient tantôt les ajustements fripons et agaçants de la comédie, un habit de petite fille ou de paysanne, un corset, une jupe et des basques de tafi'etas blanc garnis de découpures bleues, ou bien un corps de robe de tafietas bleu
74 MADAME DE POMPADQUR.
autour duquel volaient des volants de gase, on bi un domino de taffetas blanc garni de fleurs, ou bi la veste rose de Colin.
Tantôt elle paraissait dans Thabit à la grecque prince de Noisy ; son armure de gaze d*or bouille née était garnie de plumes nuées ; sur ses mançl de moire d'Angleterre l'argent se jouait avec c agréments d'or; un taffetas vert d'eau doublait mante de gaze d'or ; un réseau d'argent et des în ges à graines d'épinard garnissaient son écharpe ceinture. Tantôt elle se coiffait du chapeau de pai fleuri d'Églé, le chapeau de paille sous lequel un ses portraits nous la représente. Un autre joi madame de Pompadour empruntait sa parure l'Orient de la Jérusalem délivrée : elle était Hern nie, elle était Almasis ; la voici avec un doUmenl satin cerise garni d'hermine découpée, avec u jupe de satin bleu peinte en broderie d'or, paillel d'or, brodée d'un milleray d'or. C'est elle encc sous cet habit à l'asiatique, la jupe de taffetas rc brodée en découpures argent, le corset de canevi la jupe festonnée d'argent, la draperie et la mai imprimées d'argent et fleuries de taffetas de co leur.
D'autres fois, l'opéra lui jetait aux épaules garde-robe de l'Olympe, et elle descendait sur scène dans ces déguisements de déesses, nuages gaze et de blonde! Elle faisait briller les étoi d'argent brodées en paillettes sur la jupe d'Uran Elle était la mère des Amours, Vénus elle-mên